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Burkina Faso. Sam’s K le Jah, une voix qui dérange

(mis en ligne le 1er juin 2007) - Survie

C’est la troisième fois, en quelques semaines, que Karim Sama, musicien et animateur à Ouaga FM, plus connu sous le pseudonyme de Sam’s K le Jah, reçoit des menaces de mort via sa boîte électronique. Son émission de reggae, très écoutée par la jeunesse, dénonçait les méfaits du régime. Les menaces, transmises par l’adresse firefaso@yahoo.fr, ont d’ailleurs porté puisque la station de radio, également menacée, a préféré interrompre l’émission.

Sam’s K a continué à se battre en organisant une caravane « reggae », avec plusieurs étapes dans les grandes villes de l’intérieur du pays, faisant salles combles à chaque fois. Il expliquait les mécanismes de domination qui oppresse l’Afrique avec des mots simples, compréhensibles de tous, mobilisant toujours plus de monde.

On avait pu mesurer son immense popularité lors du Festival International de la Liberté d’ Expression et de Presse (FILEP), qui se tenait à Ouagadougou du 11 au 14 avril dernier, réunissant plus de 80 journalistes et artistes engagés de toute l’Afrique. Sam’s K le Jah aggrave encore son cas en étant membre du comité de préparation de la commémoration du 20e anniversaire de la mort de Thomas Sankara. Aziz Fall, autre membre du collectif, a d’ailleurs lui aussi reçu des menaces de mort.

Malgré la plainte déposée, l’enquête est au point mort et Sam’s K doit assurer seul sa protection avec des jeunes de son quartier.

Déjà privé d’antenne, il fait également l’objet d’attaques dans un média proche du pouvoir. Dans son article du 4 mai, le rédacteur de l’Opinion l’accuse d’avoir inventé ces menaces pour demander le statut de réfugié politique dans un pays européen.

Ces menaces sont d’autant plus inquiétantes qu’elles interviennent après une série d’atteintes à la liberté d’expression. L’écrivain Vincent Ouattara a été l’objet d’intimidations et de tracasseries à la suite de la parution d’un ouvrage critique sur l’ère Compaoré. Récemment encore, des journaux comme l’Evènement, le Citoyen, le Pays, l’Indépendant, San Finna, l’Observateur Paalga et Bendré étaient traduits en justice pour des écrits jugés diffamatoires ou voyaient leurs directeurs de publication et journalistes convoqués, interrogés par la gendarmerie. D’autres artistes musiciens ont également subi des pressions et menaces à peine voilées venant des autorités pour une liberté de ton jugée trop grande.

La médiatisation des menaces qui pèsent sur Sam’s K le Jah et le soutien que nous lui apportons restent aujourd’hui la seule façon de le protéger dans un pays où le « Rectificateur » est à la tête de l’Etat.

Plus d’infos et messages de soutien sur [www.thomassankara.net]
CD - Sam’s K le Jah - « Une bougie pour Thomas Sankara ».

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 159 - Juin 2007
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