Survie

Cameroun. Elections mascarades

(mis en ligne le 1er juin 2007) - Odile Tobner

Le 22 juillet 2007 se dérouleront les élections législatives et municipales. Moins 5 millions de camerounais sont inscrits sur des listes électorales largement truquées, sur près de 18 millions d’habitants. Au menu de la campagne : intimidations et agressions. La routine.

Une fois de plus, ces élections seront une simple formalité pour cautionner l’inamovibilité du pouvoir en place, celui du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), du président Biya, fonctionnant en parti unique en face d’une opposition fantomatique, stipendiée pour faire de la figuration ou atomisée dans l’impuissance. Les seuls enjeux se sont joués dans la bataille interne, féroce, au sein du RDPC pour la désignation de ses candidats, qui a vu s’affronter les clans rivaux, loin du débat public et loin des yeux de la population, qui n’en a recueilli que des échos.

Le recensement de la population, qui devait être la base de listes électorales crédibles s’est enlisé dans les fraudes et les sabotages. La consultation se fera sur des données largement fausses. Le nombre d’électeurs inscrits est actuellement de moins de 5 millions, dans un pays qui compte environ 18 millions d’habitants. L’ancien ambassadeur des USA au Cameroun, nommé depuis à Madagascar, Niels Marquardt, avait dénoncé cette anomalie et avait envoyé les employés camerounais de son ambassade s’inscrire. Aucun n’avait pu le faire. Les Camerounais de la diaspora, un million d’électeurs au moins, ne votent pas.

Il suffit d’être jeune et urbain, de n’être ni Beti ni Boulou, pour se heurter aux pires difficultés pour l’établissement du moindre document d’identité. Les circonscriptions ne comptant que des villages clairsemés sont surreprésentées. Les notables locaux n’y acceptent qu’un résultat à 100 % pour le pouvoir. Les quelques bulletins non conformes sont mis au panier.

L’ONEL, observatoire national des élections, institué par Biya, n’a plus aucune activité. Son mandat s’achève d’ailleurs le 30 mai dans l’indifférence générale tant sa crédibilité était nulle. L’organisme Elecam, qui doit lui succéder, n’est pas encore mis en place. Son organisation, en fait un ONEL 2, scindé en plusieurs commissions dont la plus importante, celle chargée de l’organisation des élections, restera contrôlée par l’État. Personne ne croit à son efficacité. La CENI, commission électorale nationale indépendante chargée d’organiser les élections, revendiquée par le peuple camerounais, n’a jamais été acceptée.

Les fraudes les plus grossières pourront donc se perpétuer. Cartes électorales non distribuées à leurs titulaires inscrits, à côté d’électeurs votant de multiples fois avec plusieurs cartes. Localités de 800 habitants avec 1500 électeurs dans les fiefs du pouvoir. Quatre professeurs seulement recevant une carte électorale sur les cent qui travaillent dans un lycée. Intimidations et agressions contre les observateurs que les partis d’opposition veulent envoyer dans les bureaux de vote. Etc.

On attend impatiemment les commentaires que feront l’Union Européenne et les États-Unis, sur la tenue de ces élections et leur crédibilité. On espère que la francophonie n’enverra pas d’observateurs, selon sa coutume, pour bénir les résultats. Quant à la France, elle condamnera certainement ce scrutin, puisque Nicolas Sarkozy a dit qu’il n’entretiendrait de relations qu’avec les pouvoirs démocratiquement élus, dans des élections régulières et transparentes.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 159 - Juin 2007
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du retard. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
Pour aller plus loin
a lire aussi