Survie

Dossier Françafrique. SuperElysée - Conseil national de sécurité : un contrôle tous azimuts

(mis en ligne le 1er juin 2007) - Odile Tobner

Concentration des pouvoirs et chauvinisme, grâce au tout nouveau Conseil national de sécurité, et au nouveau ministère de l’Immigration, du Codéveloppement, de l’Intégration et de l’Identité nationale, le cocktail sarkozien est inquiétant.

Avec la création à l’Élysée d’un Conseil National de Sécurité, on assiste à un renforcement du domaine réservé de la présidence en matière de politique étrangère et de défense. Ce CNS, « Instance centrale d’analyse, de débat et de réflexion en matière de sécurité et de défense, en période normale comme en période de crise », absorbe en particulier le Secrétariat général de la Défense nationale, enlevé au Ministre des armées, Hervé Morin.

Un ministère démantelé

Á la tête de ce CNS on trouve Jean-David Lévitte, orientaliste, qui commença sa carrière diplomatique à Hong-Kong et à Pékin, ancien conseiller diplomatique (sherpa) de Jacques Chirac, de 1995 à 2000, puis, depuis 2002, très influent ambassadeur à Washington. Autant dire que ce sera lui le véritable ministre des affaires étrangères, reléguant Bernard Kouchner à un rôle décoratif qui lui ira comme un gant.

Autre amputation du Ministère des Affaires étrangères, le ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie disparaît. La politique africaine sera donc dirigée de l’Élysée par un conseiller Afrique, adjoint du directeur du CNS. Bruno Joubert occupera ce poste. Cet énarque a fait carrière dans la diplomatie, avec un passage, de 1997 à 2002, à la direction de la stratégie à la DGSE. Il a été ensuite, de 2003 à 2006, directeur Afrique au Quai d’Orsay, puis directeur général adjoint du Ministère des Affaires étrangères.

Quant au développement, devenu codéveloppement, il entre dans les attributions du fameux ministère de l’immigration, du codéveloppement, de l’intégration et de l’identité nationale, confié à Brice Hortefeux. Ce ministère reçoit la gestion des consulats, enlevée également au Ministère des Affaires étrangères, et qui sera confiée à des fonctionnaires de police spécialisés dans le contrôle des étrangers. L’amalgame des différentes attributions de ce ministère montre qu’il est en fait un ministère du contrôle des Africains, avec la charge explicitement raciste de l’identité nationale.

Une vision de la France pas très engageante

La lisibilité de cette organisation est assez claire. On est dans un dispositif où ce qui prime dans les relations extérieures c’est l’armée et la police. Le monde extérieur est vu comme hostile. La France devient une forteresse assiégée. On va faire du Bush maintenant que les États-Unis découvrent la nocivité de cette politique et font tout pour s’en débarrasser, tandis que les Anglais désavouent Tony Blair. On comprend l’enthousiasme de Condoleezza Rice qui a déclaré que l’élection de Nicolas Sarkozy ouvrait une période excitante pour la France. Espérons qu’on ne s’excitera pas trop quand même.

Contrôle des Africains, méfiance affichée, le visage de la France à l’extérieur risque de ne pas être très engageant. C’est l’image d’une France peureuse et agressive à la fois, c’est-à-dire peu sûre d’elle, repliée dans une introversion chauvine. Á se camper dans une attitude guerrière elle ne contribuera certainement pas à répandre un esprit de paix dans le monde. C’était pourtant sa dernière chance de rayonnement et de grandeur.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 159 - Juin 2007
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