Survie

France - Rwanda. L’affaire A. Kanziga-Habyarimana

(mis en ligne le 1er juin 2007) - Alain Gauthier, Sharon Courtoux

Le parquet d’Evry a ouvert le16 mai une information judiciaire contre X pour "complicité de génocide et de crime contre l’humanité", après une plainte contre Agathe Kanziga-Habyarimana, la veuve de l’ancien président rwandais.

C’est par un communiqué de l’Agence France Presse, daté du jeudi 17 mai 2007, que nous avons appris la nomination très prochaine d’un magistrat d’instruction (ou bien « vient d’être nommé » si la nouvelle se confirme) dans l’affaire Kanziga. Il instruira la plainte déposée, le 13 février, par le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR) au vu des conclusions accablantes du rapport de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Dans une décision du 4 janvier, l’OFPRA estimait que la veuve de l’ancien président rwandais aurait été impliquée dans le génocide rwandais. Il avait débouté Mme Habyarimana de sa demande d’asile.

Nous attendions cette nouvelle depuis plusieurs jours. En effet, le 30 avril dernier, Isabelle Subra, doyen des Juges d’instruction au Tribunal de Grande Instance d’Evry, avait adressé à Maître Laval, avocat du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR) dans cette affaire, une ordonnance fixant consignation à partie civile, « sous peine d’irrecevabilité de la plainte ». Malgré la somme exorbitante qui nous a été demandée (6 000 euros), nous avons aussitôt adressé au régisseur la somme réclamée. C’est ce qui a permis cette nouvelle avancée de la nomination d’un juge d’instruction.

Il ne s’agit là bien sûr que d’une première étape montrant la volonté de poursuivre l’instruction, mais la route qui mène à un procès, ou à une hypothétique extradition, sera longue. Nous ne pouvons cependant que nous réjouir de cette décision, même si la vigilance reste de mise. Maître Laval, dès la désignation du magistrat instructeur, demandera le dessaisissement au profit du Tribunal de Grande Instance de Paris, conformément à la requête du procureur général près la Cour de Cassation qui, le 13 septembre 2001, se prononçait pour le regroupement des dossiers « dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice ».

Agathe Kanziga, qui réside actuellement dans l’Essonne, ne cesse de clamer son innocence, le plus souvent par la bouche de ses enfants. Beaucoup d’éléments nous laissent pourtant à penser qu’elle a joué un rôle important dans la mise en place de l’idéologie génocidaire au Rwanda. Ce n’est pas à nous de dire la justice. C’est la raison pour laquelle nous n’aurons de cesse, comme dans les autres affaires concernant le génocide des Tutsi (9 dossiers en cours actuellement en France) de demander aux responsables politiques et judiciaires de notre pays que justice soit rendue à toutes les victimes et à leurs familles.

Alain Gauthier
président du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR), association créée en 2001.

Une caution sujette à caution

On cherche l’adjectif le mieux adapté pour qualifier le montant de la caution dont le versement est exigé du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) par le Tribunal de grande instance d’Evry. Nos lecteurs choisiront. Il est connu que le CPCR est une association animée exclusivement par des bénévoles, dont les efforts sont mis au service d’une cause majeure particulièrement difficile à défendre. Cette tentative d’en épuiser les réserves est un nouveau déni de justice. Nous avons, sous les yeux, l’exemple caractéristique d’un pays qui refuse de respecter les règles élémentaires de la justice lorsque ses intérêts, les plus indéfendables, sont en jeu. La France active alors des procédures, dont l’improbité et le cynisme sont patents, notamment lorsqu’il s’agit du génocide des Tutsi du Rwanda. Depuis des années, toutes les obstructions ont été utilisées pour éviter que les présumés complices du génocide résidant en France soient jugés.

Au nom des victimes, Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 159 - Juin 2007
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