Survie

Darfour. Le silence tue…

(mis en ligne le 1er juillet 2007) - Sharon Courtoux

La conférence de Paris sur le Darfour a accouché d’une souris : aucune décision n’a été prise et les participants ont seulement « afficher leur unité et leur détermination à œuvrer en faveur d’un règlement du conflit dans l’ouest du Soudan » [1]. Pour le reste, on se retrouvera en septembre.

Organisée à l’initiative de la France, la conférence du 25 juin a réuni des hauts représentants d’une vingtaine de pays (dont les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies et son secrétaire général), de l’Union Européenne, de la Ligue Arabe, de la Banque Mondiale. Tout ce beau monde s’est retrouvé pour se demander ce qu’ils pourraient bien faire face à la tragédie du Darfour. Il est plus que temps de se poser la question alors que, depuis quatre ans, plusieurs centaines de milliers de Darfouris y ont été massacrés et deux millions d’autres déplacés.

Nicolas Sarkozy a déclaré que « le Soudan doit savoir que s’il coopère nous l’aiderons puissamment, et que s’il refuse il faudra être ferme ». Etre ferme en faisant quoi ? La Chine estime, de son côté, qu’« il ne faut pas, pour un oui ou pour un non, menacer et faire pression sur le gouvernement du Soudan ». Combien de morts et de déplacés faudra-t-il pour qu’elle cesse de considérer la situation au Darfour comme négligeable ?

Bernard Kouchner souhaite voir les rebelles retourner à la table de négociations. Rappelons que l’accord de paix d’Abuja de mai 2005, imposé aux acteurs du conflit, ne pouvait et n’a donné aucun résultat positif. Certes les groupes rebelles de la région se combattent. Il faudrait donc investir beaucoup de temps et d’intelligence pour aider les populations de cette région, société civile comprise, à trouver elle-même la solution. Faute de quoi la situation ne peut que se dégrader.

Mais les grandes puissances, dont les belles paroles humanitaires fleurissent les jardins de leurs intérêts, sont pressées. La Chine a besoin du pétrole soudanais, les Etats Unis collaborent avec le président soudanais Omar al-Bachir au sujet d’Al-Qaida et la France ne saurait voir diminuer son influence dans la région.

La mise en place d’une force hybride de 20 000 hommes (Union Africaine, ONU) pour y rétablir la paix, ne pourra être achevée avant début 2008 d’après les participants [2] de la conférence de Paris. Combien de morts supplémentaires d’ici là ? La question n’a pas été abordée. La conférence ne s’est pas non plus penchée sur la "feuille de route" de cette initiative, sur le temps et l’intelligence nécessaire à la tâche, ni sur les engagements financiers indispensables.

Le Soudan a donné son accord pour l’envoi au Darfour de cette force hybride. Ce n’est pas la première fois que les soudanais font des promesses qu’ils ne tiennent pas. Ceux qui ont suivi la question ces dernières années ne s’attendent pas à ce que les dernières en date soient honorées sans de fortes pressions suivies de sanctions. A ce propos, Gérard Prunier évoque dans un récent ouvrage collectif [3] (page 74) la liste secrète de l’ONU citant 51 personnes responsables de crimes graves au Darfour : « j’ai bénéficié de quelques fuites sur cette liste, elle me semble effectivement bien compilée et le nom d’al-Bachir y figure. Et pour cette raison la liste n’a jamais été rendue publique ».

A quand l’issue de cette tragédie ? En tout cas pas avant septembre, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner ayant « promis de réunir les mêmes participants en marge de l’assemblée générale des Nations unies à New York ». Il faut bien laisser le temps de la réflexion aux hautes personnalités sus mentionnées. Les Darfouris n’ont qu’à tenir en méditant les paroles de Nicolas Sarkozy : "le silence tue".

Sharon Courtoux

[1Thomas Hofnung, Libération 26/06, « A Paris, le Darfour mobilise les énergies internationales »

[2Priés par le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Jean-Marie Guéhenno, de régler les salaires des 7000 soldats de l’UA présents au Darfour qui n’ont pas été payés depuis plusieurs mois !

[3Urgence Darfour, sous la direction de Morad El Hattab, Droit de citer, Des idées et des Hommes, mai 2007

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 160 - Juillet Aout 2007
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