Survie

Gabon. Bongo persécuté

(mis en ligne le 1er juillet 2007) - Odile Tobner

Une actualité judiciaire de plus en chargée pour le grand ami de Chirac et Sarko

Une pratique largement répandue en Afrique centrale francophone, veut que les hommes d’affaires qui viennent y opérer doivent verser une partie de leurs bénéfices à tel ou tel “parrain” politique local, supposé favoriser leurs activités. Cela se fait le plus souvent par une “association” des deux intéressés, l’homme d’affaires expatrié et le politicien local. Parfois cela tourne mal quand le politicien se fait trop gourmand.

C’est ainsi qu’au Cameroun tel homme d’affaires français a dû quitter précipitamment le pays après avoir essuyé quelques fusillades, dans la meilleure tradition du milieu. Récemment telle entreprise néerlandaise a dû plier bagage, écrasée sous les redressements fiscaux pour ne pas s’être montrée compréhensive à l’égard des coutumes locales. On s’étonne ensuite qu’il y ait si peu d’activité économique dans ces pays.

La mésaventure d’un entrepreneur français au Gabon vient de se régler au tribunal de Bordeaux. René Cardona était ainsi “associé” avec le chef de l’État gabonais et sa famille dans une société d’armement de pêche. Á la suite d’un différend portant sans doute sur l’ampleur des versements à faire à la famille régnante, il fut tout simplement emprisonné courant 1996. Il ne fut libéré qu’après le versement par son fils de 300 millions de francs CFA (soit 457.347,05 euros) sur le compte personnel du chef de l’État gabonais.

Le fils porta cette affaire d’extorsion de fonds devant la justice française et le tribunal vient de condamner le président Bongo à lui payer près de 460 000 €, comme Sud-Ouest et Le Monde en ont rendu compte le 22 juin 2007. Dans le jugement, les magistrats ont estimé « que M. Omar El Hadj Bongo Ondiba a reçu sciemment ce qui ne lui était pas dû », ce qui est une façon élégante de désigner le racket.

Bongo va de malheur en malheur, depuis 2001, où un jugement autorisa François-Xavier Verschave à l’appeler un parrain sans qu’il puisse interdire cette offense. Voici qu’un de ses protégés se fait rembourser le prix de sa protection et qu’une enquête est lancée sur la provenance de ses biens en France. Voici enfin que La lettre du Continent, dans son numéro 519 du 7 juin 2007 révèle : « Dans son rapport “Gabon” du 18 avril, le FMI s’interroge pudiquement sur le coût des “fêtes tournantes” et les dépenses extrabudgétaires à travers la PID (provision pour investissements diversifiés) pétrolière ».

L’un de ces “investissements diversifiés” est peut-être la villa de 25 millions de dollars que Inge Bongo, épouse de Ali Bongo, fils de son père et ministre de l’intérieur et de la défense du Gabon, a visitée pour acquisition en Californie (USA). (Voir http://www.dailymotion.com/video/xt....)

Tandis que, dans le même temps, l’AFD (aide française au développement) prêtait 25 millions de dollars au Gabon pour un programme d’adduction d’eau concernant 120 000 personnes.

Et la LDC conclut perfidement : « Mais la vraie question reste la suivante : comment un pays d’un million d’habitants, béni des dieux (pétrole, bois, manganèse, uranium), a-t-il pu absorber plus de cent milliards de FCFA chaque année depuis un demi-siècle, sans se développer ? ». Au point que le Gabon demande maintenant à bénéficier de l’initiative PPTE (pays pauvre très endetté). Décidément Bongo, chéri de tant de politiciens français, est un mystère.

Odile Tobner

"Biens mals acquis"
Le 27 mars dernier, les associations Sherpa, Survie et la Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD) déposaient une plainte pour « recel de détournement de biens publics et complicité », portant sur l’acquisition en France de nombreux biens immobiliers de luxe par des personnalités africaines. Elle visait, en particulier, Omar Bongo et Denis Sassou Nguesso. Le Parquet de Paris a annoncé le 18 juin l’ouverture d’une enquête préliminaire. Nos associations se félicitent de cette décision qui doit permettre d’établir les responsabilités pénales individuelles de ceux qui ont détourné l’argent public de leur pays et qui l’ont ainsi appauvri. Une culture d’impunité tranquille est pour la première fois ainsi ébréchée. La France amorce ainsi un mouvement de mise en conformité avec ses engagements publics internationaux. A condition que cette enquête préliminaire ne se noit pas dans les sables des amitiés d’Etat.
Lire notre communiqué sur www.survie-france.org

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 160 - Juillet Aout 2007
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