Survie

La jeunesse relève la tête

Le vieux clientélisme impuissant à cacher la ruine du patrimoine public alors que la jeunesse se révolte pour l’accès à l’eau et l’électricité.

(mis en ligne le 1er octobre 2007) - Odile Tobner

Le lundi 17 septembre la ville
d’Abong-Mbang, à l’est du Cameroun,
non loin de la frontière avec
la Centrafrique, a été le théâtre de violents
incidents qui ont fait plusieurs morts et de
nombreux blessés. Une première manifestation
avait eu lieu le vendredi précédent.
Le mécontentement est dû à l’absence
d’eau et d’électricité dans cette ville.
Celles-ci sont fournies que très sporadiquement
depuis plusieurs mois. AES-Sonel,
depuis sa privatisation au profit d’un
groupe américain est de plus en plus incapable
de répondre aux besoins des Camerounais
en électricité. L’acquéreur, à des
conditions très avantageuses, de ce réseau
vétuste et sinistré par une gestion étatique
corrompue, ne s’est soucié que d’engranger
des bénéfices. La SNEC, compagnie
nationale de distribution de l’eau, en
cours de privatisation, est dans un état
de désastre analogue. Les manifestations
d’Abong-Mbang sont hautement significatives.
Elles ont été le fait majoritairement
des jeunes lycéens. Le préfet luimême
et les gendarmes n‘ont pas hésité à
tirer sur des adolescents, provoquant une
colère qui s’est soldée par l’incendie de la
préfecture, des bureaux de AES-Sonel, de
la SNEC et d’autres édifices. Cette révolte
pour les biens publics montre l’exaspération
d’une population pour qui rien n’a été
fait depuis des décennies. L’État camerounais,
type même de l’État prédateur,
n’a jamais fait les investissements nécessaires,
laissant se dégrader le patrimoine
public, au profit des prélèvements de la
corruption.

Ces manifestations sont d’autant plus remarquables
qu’elles interviennent non
dans une région traditionnellement opposante
mais dans un fief du pouvoir en
place, qui se repose sur l’engraissement
des élites locales, sans aucune considération
du bien-être de la population dans son
ensemble, supposée acquise inconditionnellement.
Les autorités affolées par ces
événements surprenants ont immédiatement
promis le rétablissement rapide d’une
fourniture suffisante d’électricité. Mais
la colère populaire, reflet exact de l’état
d’esprit d’une population qui est censée
avoir voté en juillet dernier à une écrasante
majorité pour le pouvoir en place, n’a
certainement pas fini de s’exprimer.

La dégradation des conditions de vie est en
effet patente et s’aggrave de façon exponentielle.
Lasse de subir un sort misérable,
la jeunesse réclame des autorités qu’elles
remplissent leur rôle de gestion décente
des biens publics. C’est une grande nouveauté
et c’est le signe de changements
irréversibles dans les mentalités. Le vieux
clientélisme est impuissant désormais à
maintenir les habitants dans la sujétion.

Au même moment en France, le vendredi
21 septembre au matin, un charter
d’expulsés s’est discrètement envolé pour
le Cameroun avec sa cargaison de sanspapiers,
refoulés d’un territoire où ils
avaient espéré pouvoir vivre dignement
après avoir fui le sort qui leur était réservé
sur leur sol natal. Ni la répression, ni
l’expulsion, ne pourront désormais masquer
le puissant désir d’un avenir décent
qui anime la jeunesse africaine, prête à
combattre tous les obstacles pour y parvenir.
Il faudra en tenir compte.

Odile Tobner

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Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 162 - Octobre 2007
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