Survie

Développement séparé

(mis en ligne le 1er novembre 2007) - Odile Tobner

Plusieurs sondages d’opinion récents montrent le renforcement des stéréotypes concernant la façon dont les Français voient l’Afrique et les Africains. Selon le baromètre AFD-Ifop du 13 septembre 2007, les Français sont attachés à l’aide au développement. Ils sont sensibles au rôle de leur pays et légitiment son action : 75 % estiment que la France joue un rôle majeur dans l’aide publique au développement. Prêts à s’investir personnellement en faveur des pays en développement à 56 %, ils souhaitent que les efforts qui y sont consacrés par la France se maintiennent (51 %).

Á côté de cela, selon un sondage CSA du 19 octobre publié dans Le Parisien, 49 % des personnes interrogées répondent que les tests ADN pour le regroupement familial sont « une bonne chose » parce que cela permet de savoir si les candidats « sont bien issus de la même famille » et 43 % une mauvaise chose parce que c’est « contraire aux valeurs de la société française ». Sur le même sujet un autre sondage OpinionWay pour Le Figaro et LCI effectué les 10 et 11 octobre prétend lui que 56 % des Français sont favorables à l’utilisation des tests ADN dans le cadre d’un regroupement familial contre 44 % qui y sont opposés. Apparemment aucun indécis n’a été consulté. Une large majorité se déclare également favorable à la limitation du regroupement familial et à l’établissement de quotas.

Ces deux catégories de sondages illustrent deux traits marquants de la mentalité prévalente en France : le paternalisme et la xénophobie. Les Africains ont besoin de nous chez eux et nous ne voulons pas d’eux chez nous. C’est cela qu’il faut entendre par l’histoire commune et les liens dont parlent Sarkozy et son conseiller Guaino.

Si les Français étaient mieux informés, ils nourriraient moins d’illusions sur leur générosité. Serge Michailof, ancien directeur des opérations de l’Agence française de développement, dans son livre À quoi sert d’aider le Sud (Économica 2006) déclare « Les huitdixièmes de l’aide dite directe actuelle, qui est déjà passée de 3, à 1,7 milliard d’euros en dix ans, est virtuelle : elle ne finance pas de vrais programmes d’action ou de coopération. » Il affi rme que les chiffres sont « gonfl és » en incluant les annulations de dettes, les frais de scolarité des étudiants étrangers et même une partie des dépenses en faveur de la francophonie. Il s’interroge sur le rôle de la France, dont la « forte implication en Afrique » francophone n’a pas empêché la région d’accumuler un « retard de développement important ». Pour dire les choses plus crûment, l’aide est fi ctive, elle ne sert qu’à promouvoir l’image et les intérêts français et elle a enfoncé les Africains dans la pauvreté.

L’autre fantasme entretenu dans la population française est celui de l’horreur de l’immigration africaine. Le sondage sur les tests ADN publié par Le Figaro a été commenté par Brice Hortefeux sur France Inter. « C’est la deuxième ou troisième enquête consécutive qui montre que nos compatriotes approuvent très massivement la loi que j’ai présentée concernant la maîtrise des flux migratoires ». Le populisme xénophobe est une corde qu’un politique devrait se garder de faire vibrer, sachant à quelles conséquences cela peut conduire. Manifestement, c’est un thème essentiel de la politique de l’actuel président et de ses proches. Henri Guaino, interviewé par Alain Auffray et Antoine Guiral, le 20 octobre, dans Libération, déclare : « Aujourd’hui, avec l’immigration, la mondialisation, la désintégration du travail, il y a un problème identitaire ». Dire qu’il y a un problème à accueillir des Africains, seules cibles de la loi Hortefeux, mais pas à avoir un président issu de l’immigration hongroise, cela porte un nom.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 163 - Novembre 2007
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du délai. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
a lire aussi