Survie

Des législatives aux petits oignons

(mis en ligne le 1er mars 2008) - Jean-Loup Schaal

Le mode de scrutin des législatives du 8 février a assuré de facto à la coalition présidentielle le gain des 65 sièges de députés à l’Assemblée nationale pendant que les Djiboutiens étaient interdits d’opposition.

Après avoir muselé l’opposition, le parti présidentiel, l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) dirigée par le Premier ministre Dileita Mohamed Dileita a présenté une liste unique de 65 candidats dans laquelle figure presque tous les ministres du gouvernement.

Bien qu’assuré d’un succès incontesté, grâce à un scrutin majoritaire de liste à un tour, le régime a dressé un nouvel obstacle aux opposants potentiels en faisant voter une loi excluant les candidats à la double nationalité. Mais à Djibouti, ce qui s’applique à l’opposition, n’a pas les mêmes effets pour le groupe au pouvoir : un quart des 65 candidats UMP de la liste présidentielle bénéficient de cette double nationalité.

La menace financière a également plané sur les partis d’opposition qui avait participé aux législatives de 2003 : "La dernière fois, nous avons payé avec difficulté 32,5 millions de francs Djiboutiens (environ 120 000 euros) pour participer à l’élection et rien ne nous a été remboursé", regrette cet ancien directeur de cabinet de l’ancien président Hassan Gouled Aptidon qui estime à juste titre qu’"aucune règle démocratique n’est respectée".

Echaudée par un contexte de fraude massive et d’une impossible transparence du processus électoral, l’opposition regroupée au sein de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD) a donc choisi de boycotter le prétendu scrutin législatif du 8 février dernier pour ne pas cautionner la mascarade.

En riposte cinglante et en dépit d’une victoire certaine, le régime a été pris de folie pendant les deux semaines qui ont précédé ces élections sans enjeux. Interdiction de meetings des formations d’opposition, assignations à domiciles de leurs principaux dirigeants mais aussi des personnalités de la société civile comme le président de la Ligue Djiboutienne des droits humains (LDDH).

"En pratique, le parti unique continue. Nous rejetons ce mode de scrutin et demandons une proportionnelle, mais le gouvernement se sent en danger à cause de la grogne sociale et donc refuse", a affirmé, de son côté, Ismaël Guedi Hared, un des dirigeants de la coalition de l’opposition, l’Union pour l’alternance démocratique (UAD).

Des manifestants ont aussitôt envahi les rues de Djibouti pour protester contre ce déni de démocratie. Ils ont été arrêtés par dizaines et conduits dans les centres de détention de Gabode et de Nagad. Libérés sous la pression notamment de la Ligue Djiboutienne des droits humains (LDDH), ces citoyens ont grossi les rangs majoritaires des partisans du boycott. L´opposition et les organisations de la société civile pour la liberté d´expression n’ont pourtant pas baissé les bras en déclarant vouloir engager un nouveau dialogue avec la communauté nationale et internationale pour que plus jamais les Djiboutiens n´aient besoin de s´abstenir de voter de peur de participer à une mascarade. Ce qui n’a pas empêché le président de la commission communication de l’UMP, Kadar Elmi Yabeh d’affirmer en se réjouissant de la victoire : "Comme il n’y a pas d’opposants, la campagne s’est déroulée dans la sérénité. Mais on regrette profondément que l’opposition n’ai pas participé parce qu’elle empêche un débat positif pour les citoyens". Et de rajouter sous le slogan "L’UMP c’est l’avenir prometteur de notre pays" : « Si l’opposition participait, "on pourrait mesurer sa vraie force politique". Sans aucun doute ! Mais avec des élections transparentes, sans artifices et sans trucages.

Jean Loup Schaal

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 167 - Mars 2008
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du retard. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
Pour aller plus loin
a lire aussi