Survie

La France a-t-elle vocation à maintenir indéfiniment des fausses promesses de rupture ?

(mis en ligne le 1er mars 2008) - Pierre Rohman

Le 28 février, au lendemain de son escale tchadienne et de son dîner à la base militaire de Kosseï, Nicolas Sarkozy a annoncé en Afrique du Sud un futur allégement de la présence militaire française en Afrique.

Déclaration opportuniste, suite aux critiques inspirées par l´ingérence française dans la bataille N´Djaména ou vraie volonté de rupture ? Difficile à ce stade de mesurer les effets à court terme de cette déclaration, qui ne s´est pas accompagnée de l´annonce d´un vrai plan de retrait, ni même d´une promesse réelle de fermer les bases françaises. Tout juste a-t-on appris que la France n´avait «  pas vocation à maintenir indéfiniment des forces armées en Afrique » et que son effort se porterait sur l´appui aux forces africaines, ce qui 11 ans après la création du dispositif RECAMP (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) ne constitue pas vraiment un scoop. Précisons que la mise à disposition des bases françaises pour des opérations régionales était déjà un des objectifs du redéploiement militaire français amorcé en 2005.

Tout aussi attendue était la promesse de révision et de publication des accords de défense, lesquels selon Nicolas Sarkozy doivent être « remis à plat », presque 50 ans après les indépendances. Reste cependant à définir les modalités de publication et surtout de validation d´éventuels nouveaux accords « renégociés ». Si dans certains pays (Gabon, Centrafrique) les accords de défense ont été signés au lendemain ou au surlendemain de la déclaration d´indépendance, avant même que des parlements nationaux ne soient élus, on peut douter que les parlements africains actuels, du moins dans les pays où ces institutions ne sont pas inféodées à la Françafrique, acceptent de cautionner de nouveaux accords bafouant leur souveraineté.

Quant au contrôle du Parlement français sur les opérations militaires, autre promesse du Cap, il est à craindre qu´il ne reste qu´un simple droit d´information en cas de déclenchement d´une opération ou de consultation si celle-ci se prolonge au-delà de trois mois, comme l´a timidement préconisée la commission Balladur sur la réforme des institutions. Les associations réclament plus, à l´image des revendications contenues dans le Livre Blanc de la plateforme citoyenne France-Afrique, qui rejoignent sur ce point celles de nombreux parlementaires.

Nicolas Sarkozy est donc attendu au tournant par ceux qui pensent qu´un président français n´a pas vocation à maintenir indéfiniment des fausses promesses de rupture et qui attendent une vraie feuille de route pour mettre un terme à l´ingérence militaire française en Afrique

Pierre Rohman

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 167 - Mars 2008
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