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A fleur de presse

Le langage vérité du procureur

(mis en ligne le 1er mars 2008) - Sharon Courtoux

Dans un entretien accordé à l’Agence France Presse (AFP 24/02), Luis Moreno Okampo, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) n’y va pas quatre chemins et tient un langage de vérité qu’il faut saluer. Près d’un an après ses premiers mandats d’arrêt, notamment contre le sinistre Ahmed Haroun, secrétaire d’Etat soudanais aux Affaires humanitaires ( !) accusé de crimes de guerre au Darfour, Luis Moreno Okampo assure qu’aucune paix n’est possible sans arrestations.

Rappelons que les Nations unies avaient exigé que Khartoum coopère avec la Cour. La réponse du Soudan avait tout du bras d’honneur puisqu’il désignait, en novembre, Ahmed Haroun pour faire partie du groupe de surveillance de la force "hybride" de l’ONU et de l’Union africaine (UA), la Minuad, en cours de déploiement au Darfour.

« Si Ahmed Haroun "n’est pas arrêté, il n’y aura ni justice ni paix au Darfour », a martelé le procureur Luis Moreno Ocampo. "Son arrestation perturberait le système criminel (...), c’est la condition d’une solution, quelle qu’elle soit, au Darfour", a-t-il ajouté. […]

Lors de cet entretien, il a aussi laissé entendre qu’il allait viser au-dessus d’Ahmed Haroun dans la chaîne de responsabilité et de commandement : "Le deuxième dossier sera différent. Haroun reçoit des instructions, il bénéficie de soutien".

Il poursuivait lucidement : "La phase la plus violente du conflit au Darfour a commencé en 2003. (...) Il est très important de réaliser que ce n’est pas fini", a expliqué M. Moreno Ocampo.

"Cela continue, au vu et au su de la communauté internationale", a-t-il ajouté, évoquant, au cours de cet entretien, les déplacements de population, les bombardements, les attaques sur les camps de réfugiés, ou les entraves à la fourniture de l’assistance humanitaire, toutes actions dans lesquelles "Haroun a un rôle clé".

"Je pense que le Conseil de sécurité doit faire plus pour que ces mandats d’arrêt soient exécutés", a réaffirmé le procureur qui, en décembre à l’ONU, avait dressé un réquisitoire contre Khartoum et "exhorté" le Conseil à agir. "Ce qui est en jeu, c’est tout simplement la survie de 2,5 millions de personnes", a-t-il répété. "En tant que procureur, je fais ce qui est de mon ressort. Ma responsabilité est envers les victimes".

C’est précis, courageux, indispensable. Vive Luis Moreno Okampo !

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 167 - Mars 2008
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