Survie

Concours de clichés à Bongoville

(mis en ligne le 1er mai 2008) - Odile Tobner

Le sketch qui s’est déroulé le 10 avril à Libreville mérite de rester dans l’anthologie du grotesque françafricain. Le couple Claude Guéant, Alain Joyandet est venu faire amende honorable chez Bongo, interviewé pour l’occasion, et dont les borborygmes ont dû être sous-titrés pour être tant soit peu intelligibles. Ce que ce dernier a dit d’important c’est qu’il y a des « secrets » entre chefs d’État et que les propos de Bockel sur l’enterrement de la Françafrique constituaient « un risque qu’il a provoqué celui-là ». Était-ce une menace ? Il faut le croire à la célérité et la docilité que les Français ont mise à satisfaire le potentat sénile. Se présentant comme metteur en scène de la farce, l’avocat Robert Bourgi avait amené les journalistes de Canal + dans son avion. Il aurait dit à Sarkozy : « L’orage gronde. Le père Bongo va faire sauter la mar- mite ». Il leur a confié également que Sarkozy et Carla, au cours de leur voyage en Afrique du Sud, en février, avaient désiré rencontrer Mandela, mais on leur avait dit qu’il était malade. Qu’à cela ne tienne, Bourgi a la solution : «  S’il y a quelqu’un qui peut rendre la chose possible c’est Bongo » et la photo-souvenir a pu être prise le 28 février. On ne demande qu’à croire les dires de Bourgi. L’inconvénient c’est que dans Paris-Match du 10 au 16 avril, on peut admirer dans un reportagephoto sur Céline Dion, un superbe cliché de la chanteuse près du fauteuil d’infirme de Mandela. On a même juché le rejeton René-Charles sur les genoux de l’idole (je veux dire Mandela). Cette photo est présentée comme ayant été prise à la Saint- Valentin, soit le 14 février. La chanteuse était venue remettre à la Fondation Nelson Mandela les gains de son concert en Afrique du Sud, prix de l’entrevue et du cliché-souvenir. On ne doute pas que les arguments de Bongo n’aient été aussi persuasifs. L’écrivain sud-africain Breyten Breytenbach disait récemment que Mandela c’est la tour Eiffel. Tous les people veulent se faire photographier avec lui. Son entourage apparemment sait exploiter le monument jusqu’à l’indécence.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 169 - Mai 2008
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