Survie

Une supercherie de plus

(mis en ligne le 1er mai 2008) - Jean-Baptiste Dzilan, alias Dimas Dzikodo

Faure Gnassingbé a lancé avec tambours et cymbales, le 15 avril dernier, les consultations devant aboutir à la mise en place d’une commission « vérité-réconciliation ». Un leurre à visée électoraliste.

Il a suffit du lancement de cette fameuse cérémonie pour que certains Togolais et ONG deviennent subitement optimistes ou accordent un certain crédit à ce processus. La question qui taraude tous les observateurs avisés, au fait des méthodes du pouvoir RPT (Rassemblement du peuple togolais), est de savoir comment le principal bénéficiaire des crimes et autres massacres de 2005 peut-il livrer les assassins sans se faire lui même hara-kiri. Même si l’on a pris soin habilement, lors de la signature de l’Accord politique global (APG), de noyer les crimes du pouvoir dans une prétendue remontée de l’histoire en 1958, la manœuvre, pour plusieurs raisons, semble montrer la volonté de Faure Gnassingbé de renvoyer dos à dos les assassins et les victimes, histoire de sauver son fauteuil présidentiel quelque peu vacillant.

Pour y arriver, on a pu se rendre compte de la cacophonie qui a entouré cette commission dont parfois, le mot « justice » a été escamoté dans la formulation, et pour cause !

C’est symptomatique de la façon dont l’on veut noyer le poisson. De toute évidence, le lancement de ce processus de consultations, plusieurs fois reporté, sous la pression de ceux qui ont le cœur hanté, dit-on dans les coulisses du sérail, a été organisé seulement pour préparer l’élection en 2010 du principal profiteur des crimes en question. Des consultations qui ont aussi l’avantage de donner une certaine assurance à la communauté internationale sur la bonne volonté du pouvoir de Lomé à faire la lumière sur les évènements sombres de l’histoire de notre pays et non du règne des Gnassingbé, du père au fils. Une façon de se dédouaner des crimes d’avril 2005 dont les responsabilités ont été clairement établies par une enquête des Nations-Unies. La communauté internationale en souscrivant à cette manœuvre ou à cette supercherie semble donner l’impression que, soit elle ne maîtrise pas les réalités du Togo, soit comme dans le cas des dernières législatives émaillées de fraudes (qu’elle n’a pas voulu voir), elle se fait complice du pouvoir avec des intérêts inavoués.

Le processus de consultations n’aboutira à rien si, par tous les moyens, l’on tente de noyer les crimes d’avril 2005 dans un prétendu examen de l’histoire togolaise depuis 1958. L’urgence aujourd’hui est de traduire devant la justice leurs auteurs qui circulent librement dans le pays au su et au vu des victimes ou de leurs proches avant de parler d’une quelconque réconciliation entre les fils de ce pays. Les 40 ans de règne des Gnassingbé ont été un processus macabre de violences de toutes sortes exercées par un clan sur de pauvres citoyens. C’est véritablement les crimes de cette période qu’il faut élucider pour concrétiser la réconciliation tant fanfaronnée par le pouvoir RPT. Les contorsions actuelles n’aboutiront à rien, nous devons donc cesser de donner un quelconque crédit à un processus piloté par le RPT, seul bénéficiaire de tous les crimes commis dans ce pays.

Dimas DZIKODO

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 169 - Mai 2008
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