Survie

A fleur de presse

La pression démographique menace les forêts du Congo

Laurence Caramel, Le Monde (27 mai 2008)

(mis en ligne le 1er juin 2008) - Odile Tobner

A l’occasion du voyage de Jean-Louis Borloo au Congo, on explique que la forêt est menacée : « En particulier dans cette région où les arbres ne tombent pas - comme en Amérique du Sud ou en Asie - sous la poussée de coupes à blanc pratiquées par les grands exploitants agricoles. Ici, la pression démographique fait plus de dégâts que l’exploitation forestière. La population de la République démocratique du Congo devrait passer de 65 millions d’habitants aujourd’hui à 125 millions dans vingt ans. Autour des grandes villes, des fronts de déforestation se créent pour alimenter les citadins en bois de chauffage. Ailleurs, la forêt est grignotée par la progression des surfaces agricoles dont les familles tirent leurs seuls moyens de subsistance. »

Comment peut-on énoncer des affirmations aussi ineptes, avec, toujours, ce leit-motiv de la propagande qui prétend rendre responsable la population africaine des désastres environnementaux. Selon certaines évaluations, la République démocratique du Congo (RDC) aurait une capacité d’exploitation annuelle du bois de 6 à 10 millions de m3. Elle en exporte officiellement 500 000 m3/an. Elle possède une forêt de 86 millions d’hectares, dont 60 exploitables. La déforestation, par une exploitation anarchique qui frappe la périphérie des villes, est un phénomène infime et réversible, pourvu que le pays soit bien géré. De même, 34 % du territoire national sont des terres agricoles dont 10 % seulement sont mises en valeur. Comment l’établissement de misérables champs, sans aucun moyen mécanique, pour la subsistance familiale pourrait-elle mettre en péril cette forêt. Il suffit de réfléchir un peu et d’avoir le sens des échelles et des quantités pour récuser une pareille affirmation. Le phénomène le plus inquiétant pour la forêt congolaise est le saccage de grandes zones de forêt par des grandes compagnies forestières étrangères – pourquoi ce besoin compulsif de le nier –complices des chefs de milices, et la fuite clandestine par les pays voisins, Congo-Brazzaville et jusqu’au Cameroun, de quantités inchiffrables de bois, en tout cas incommensurables avec les surfaces et les quantités exploitées par les Congolais pour leurs modestes besoins.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 170 - Juin 2008
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