Survie

Le génocide des Tutsi rwandais : la face cassée de la République

(mis en ligne le 6 septembre 2008) - Sharon Courtoux

INTRODUCTION

Au mois de septembre 2003, sept mois avant les dix ans du génocide des Tutsi rwandais, nous écrivions dans Billets d’Afrique : « A ce jour, aucune voix française relevant, de près ou de loin, des sphères officielles, n’a osé dire ce que l’histoire, documents à l’appui, relate. La France savait, dès avant avril 1994, que le pire pouvait survenir au Rwanda. Elle était liée à ceux qui allaient le perpétrer. Devant le pire, elle n’a pas rompu le lien. » En ce mois de septembre 2008, 7 mois avant les commémorations des quinze ans du génocide, notre pays poursuit son funeste parcours entre le mensonge et l’infamie qu’a tracé son acte criminel. Barricadé derrière le déni des faits, couvert de honte à la face du monde, il espère que le cynisme qui caractérise les relations internationales le protège. Il n’en sera pas ainsi , car les faits sont avérés. Ils sont consignés dans de nombreux rapports , dont celui de la mission d’information parlementaire publiée fin 1998 : si ce rapport a ouvert toutes les pistes qui mènent à la vérité, il ne va pourtant au bout d’aucune.

Aujourd’hui, une commission d’enquête parlementaire s’impose pour explorer enfin toutes ces pistes. Il s’agit moins d’inscrire la vérité dans l’histoire de notre pays - car elle y est inscrite - que pour restaurer son honneur en reconnaissant son crime. Il s’agit, pour le moins, au nom du peuple français, de disqualifier, une fois pour toutes, politiquement et moralement, les autorités de ce pays responsables d’une complicité avec un régime qui a commandité et exécuté le génocide.

Présente, dès le début des années 1990, dans tous les lieux, civils et militaires, du pouvoir rwandais, la France y a exercé des responsabilités cruciales, et a mobilisé des moyens considérables. Ces moyens ont été mis au service du projet d’extermination des Tutsi, dont ils ont encouragé la programmation et conforté le discours qui la sous-tendait. Ce soutien a été décisif en ce qui concerne l’exécution du génocide : si la France avait découragé ce désir d’éliminer l’autre, dénoncé ce projet et fait ce qui était en son pouvoir pour l’empêcher, il n’aurait pas été mis en œuvre. L’évocation de quelque complexité politique ou régionale que ce soit n’y change rien, c’était une question de volonté et de choix. Nous rappellerons, dans les mois qui viennent, dans une série d’articles intitulée « la face cassée de la république » les éléments qui constituent et illustrent l’indiscutable réalité de ces faits. La France qui se voudrait un grand pays est, dans cette région de la planète gravement disqualifiée. La France est condamnée à la vérité devant elle-même et devant l’histoire. Allons enfants de la patrie, le jour de vérité est arrivé.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 172 - Septembre 2008
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