Survie

Fin de règne et luttes de clan

(mis en ligne le 1er novembre 2008) - Bruno Ben

Depuis quelques mois, les tentatives se multiplient pour freiner l’action des ONG membres de la plateforme Publiez ce Que Vous Payez (PWYP-Gabon). Des abus de pouvoir sur fond de lutte de clans pour succéder au doyen françafricain, Omar Bongo.

Et tous les moyens sont bons : après avoir suspendu arbitrairement certaines de ces Ong, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, André Mba Obame, a interdit de sortie du territoire, en avril dernier, Marc Ona, le coordinateur de la plateforme, sans pour autant le lui notifier formellement.

Un mois auparavant, en mars 2008, Olga Laure Ngondjout, à l’époque ministre de la Communication, avait convoqué les responsables des principaux médias locaux et internationaux (RFI, AFP) pour leur interdire expressément de couvrir les activités de PWYP-Gabon. Aujourd’hui, toutes les chaînes de télé et de radio publiques boycottent à peu près leurs activités. Bien heureusement, RFI et certaines télés privées n’ont pas suivi ce mot d’ordre.

Pire, le ministre de l’intérieur a infiltré PWYP-Gabon par l’intermédiaire de Nicaise Moulombi, Francis Evouna et dernièrement Steeve Mve. Ce dernier, membre du gouvernement, voulant à tout prix contrôler PWYP-Gabon à des fins politiques, leur a distribué d’importants financements publics. Découverts, ils se sont retirés d’eux-mêmes de PWYP-Gabon pour mener d’autres actions de déstabilisation contre d’autres organisations de la société civile.

A l’origine de cette situation, se trouve la parcellisation excessive du pouvoir au Gabon. En effet, le gouvernement et l’administration ont perdu le contrôle du pouvoir au profit de ce qu’il est convenu de qualifier des « milices » politico-administratives au service d’un homme, détenteur d’une parcelle de pouvoir. Ce dernier utilisant ce pouvoir dans un sens favorable à ses intérêts personnels et politique. Pour agir impunément, chacun de ces chefs de « milices » se réfère au président de la République, alors que de son propre aveu, celui-ci ne maîtrise plus son entourage.

Prenons le cas de son neveu, Alaba Fall Bosco, par ailleurs procureur de la République qui a pour habitude d’user spectaculairement du mandat de dépôt. Ils ont été plusieurs, y compris dans les milieux de pouvoir, à en être victimes avant d’être libérés en contrepartie d’une importante caution.

Narcissique, Alaba Fall Bosco supporte mal toute critique à son action. Pour casser toute opposition, il instrumentalise, à son profit, les forces de l’ordre sous sa tutelle. C’est ce qu’il a fait récemment lorsque PWYP-Gabon a réagi publiquement à une affaire l’impliquant.

Les forces ont ainsi interpellé plusieurs militants sans même qu’une plainte ne soit déposée. L’interrogatoire a essentiellement consisté à obtenir des militants des aveux fictifs : leur réaction publique visant le procureur de la République résulterait d’une conspiration orchestrée par une « main invisible » ! Le harcèlement policier a depuis cessé après la rencontre entre les acteurs associatifs et Alaba Fall Bosco. Cette tentative d’intimidation n’a pas calmé les ardeurs militantes puisque le réseau gabonais de bonne gouvernance (ROLGB), les ONG Afrique-Horizons, et Brainforest ont porté plainte, le 10 octobre dernier, contre lui devant la nouvelle Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite.

Les ONG gabonaises dénoncent l’énormité des avoirs bancaires incompatibles avec son traitement de fonctionnaire (1 250 000 F Cfa soit 1900 euros).

Selon des relevés bancaires d’un compte lui appartenant à la banque BGFI (une blanchisseuse de fonds à Libreville) et circulant dans tout le pays, on remarque des dépôts en liquide de près de 330 millions de francs Cfa soit près de 500 000 euros, versés en une seule journée.

Ce qui fait un peu désordre pour un procureur de la République qui se veut le fer de lance dans les opérations « mains propres », diligentées, après le discours, en décembre 2007, d’Omar Bongo contre la corruption.

Dans tous les cas, cette affaire politico-familiale est de nature à décrédibiliser encore davantage et durablement les engagements du Gabon en faveur de la bonne gouvernance devant la communauté internationale.

Bruno Ben

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 174 - Novembre 2008
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