Survie

Sarkologies

(mis en ligne le 1er novembre 2008) - Nathalie Carton

Pour Stephen Smith et Antoine Glaser, c’est encore et toujours la fin de la Françafrique. Dans leur nouvel ouvrage, Sarko en Afrique, c’est une thèse qu’ils développent encore malgré la riche actualité françafricaine qui a jalonné la présidence Sarkozy. Une contradiction majeure pour une enquête censée « vérifer le discours de la rupture ».

En introduction, les auteurs précisent que « ce livre n’est ni de circonstance ni une attaque ad hominem », mais une enquête pour « vérifer le discours de la rupture  ». Leur conclusion est annoncée dès la page deux : « globalement, l’éloignement entre la France et l’Afrique s’accélère, une rente de situation historique étant désormais soldée pour tout compte par un président qui, n’étant pas sorti lui-même du moule de la Ve République, n’est aucunement attaché aux vestiges de ‘’l’État franco-africain’’ [...] issu de la décolonisation ‘’à la française’’ des années 1960.  » Smith et Glaser décrivent cependant le retour des « réseaux Foccart  » à l’Élysée en la personne de Robert Bourgi, la star du bouquin, épouvantail agité dans tous les chapitres ou presque. Selon les auteurs, le ralliement de l’ancien bras droit de Jacques Foccart date de 2002, lorsque Jacques Chirac aurait décrété un changement radical de sa politique africaine et l’expulsion des réseaux françafricains de l’Élysée. À la question auto-posée : « Est-ce donc le retour de la Françafrique ?  », les auteurs répondent par la négative : « La coopération franco-africaine n’est plus que peau de chagrin ; la convertibilité manuelle du franc CFA appartient au passé ; Paris intervient en Afrique seulement pour y entraîner l’ONU ou l’Europe ; et la France fait des affaires bien plus juteuses au Nigeria, en Angola et en Afrique du Sud qu’au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Gabon.  » Bref, la Françafrique n’existerait plus, excepté Bourgi qui s’agite encore, mais sans grande conséquence.

La complicité Sarkozy/Bongo, Bolloré et Bouygues en Afrique, l’infuence de Robert Bourgi, l’affaire des Biens Mal Acquis, l’intervention militaire au Tchad, le discours de Dakar, les aventures d’EADS en Libye... La plupart des événements marquants depuis mai 2007 sont survolés avec un regard vaguement critique, les auteurs insistant surtout sur la perte d’inf uence de la France en Afrique, relativisant, de fait, les frasques sarkozystes. Ainsi, l’EUFOR est présentée comme une initiative française pour impliquer les autres pays européens et ne plus être seule à gérer le problème tchadien, en attendant de quitter définitivement le terrain : « Nicolas Sarkozy cherche en effet à plier les gaules partout en Afrique, où la présence militaire française n’entraîne désormais que des charges et plus des rentes. » Quant au soutien militaire français pro-Déby en février 2008, « le but est de créer les conditions dans lesquelles la France peut définitivement retirer ses troupes, à la fois du Tchad et de la Centrafrique. Ce qui n’aurait pas été possible au lendemain d’une victoire rebelle à N’Djamena. » Le discours de Dakar est rapidement abordé et mollement critiqué, les auteurs trouvant « excessif » de le qualifier de discours raciste, citant la récente tribune de l’auteur, Henri Guaino dans Le Monde de juillet 2008.

En revanche, pas un mot sur les liens entre Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, ni sur les conséquences de la politique africaine française. Ce livre semble avoir été écrit pour « occuper le terrain ». Il ne contient aucune révélation fracassante. Il est assez confus et délayé. Il passe sous silence tout le tragique de la politique africaine de la France, à l’image du chapitre sur l’immigration, qui présente de manière neutre et technique les dispositifs mis en place par le gouvernement. Nicolas Sarkozy, décrit comme un « sorcier de la contradiction », est critiqué d’une manière « politiquement correcte ». Au final, un ouvrage anesthésiant et intoxicant. Smith et Glaser revêtent le masque de la pseudo-critique pour mieux asseoir leur thèse de la fin de la Françafrique.

Nathalie Carton

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 174 - Novembre 2008
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