Survie

Sauterie chez Sassou

(mis en ligne le 1er novembre 2008) - Odile Tobner

Depuis 2003, sous le nom pompeux de Forum mondial du développement durable, la revue Passages organise un colloque annuel en France au Sénat. Son directeur, Émile Malet a préféré Brazzaville pour l’édition 2008. On y est à l’abri des manifestations.

À l’occasion de l’édition 2007, le
président congolais Sassou Nguesso
avait été salué, à son grand dépit, par une manifestation organisée par
plusieurs associations, dont Survie et
Les Congolais de la diaspora. C’est donc
à Brazzaville, du 28 au 31 octobre, que
s’est tenu le colloque 2008.
Sur la vingtaine de chefs d’État annoncés,
huit ont fait le déplacement, ne serait-ce que
pour quelques heures, comme Bongo (Gabon).
Il s’agit de Blaise Compaoré (Burkina
Faso), Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire),
François Bozizé (Centrafrique), Fradigue
de Menezes (São Tomé & Principe), Faure
Gnassingbé (Togo), Pierre Nkurunziza
(Burundi) et Thomas Yayi Boni (Bénin),
autant dire un club françafricain réduit en
fait de réunion d’envergure mondiale.
Les propos étaient à la hauteur de l’événement.
Émile Malet a proclamé : « L’Afrique,
je vous le dis franchement, c’est une
chance pour le développement durable
 ».
Quant à Sassou, il a lancé un scoop : « Les
questions environnementales constituent
l’un des enjeux fondamentaux de l’avenir
de la planète
 ». Cette manifestation annuelle
se veut en effet, selon ses promoteurs
« une passerelle entre la mouvance
du World Economic Forum de Davos et
l’altermondialisme de Porto Alegre
 ». On
ne veut manifestement fâcher personne par
des propos inconsidérés.
La seule chose vraiment importante était
la liste des sponsors qui n’ont pas hésité à
faire valoir Sassou Nguesso. Ce colloque
se déroulait en effet « sous le haut patronage
du président de la République Nicolas
Sarkozy et sous l’égide du ministère des Affaires
étrangères et européennes et du sénat
français,
[…et] rassemblait plusieurs
partenaires institutionnels et économiques
engagés pour le développement durable,
parmi lesquels le Commissariat à l’énergie
atomique, EDF, British Pétroléum, l’Institut
français du pétrole, La Poste, Adoma,
Servier, la SNCF, l’Ademe, l’Institut français
de recherche scientifique pour le développement,
Cap Gemini, Suez, Réseaux de
transport d’électricité et Total ainsi que la
CGT et Le Point.
 ». Que diable vient faire
la CGT dans cette galère capitaliste ? C’est
l’ingrédient du fameux pâté d’alouette : un
cheval, une alouette…

Odile Tobner

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Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 174 - Novembre 2008
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