Survie

Le nouvel Eldorado de l’esclavage

(mis en ligne le 1er décembre 2008) - Mamadou Cissé

L’exploitation de l’or au Burkina Faso remonte aux années 1980 mais le pays connaît aujourd’hui un boom minier qui, sous la houlette de compagnies internationales, propose au travailleur une corvée d’esclave et un salaire indécent.

Il y a tout juste quelques mois, au cours de la visite du chantier de la mine d’or de Kalsaka, le gouverneur de la région du nord, Viviane Compaoré, se disait pleine de fierté à l’idée que l’exploitation de ce gisement contribue à accroître la richesse du pays. Pourtant, le boom minier que connaît le Burkina Faso depuis une dizaine d’années, impose des conditions de travail dramatiques. On assiste plutôt à une double exploitation. Celle des ressources naturelles et celle de la main-d’oeuvre, exploitable et corvéable à merci, en marge de toute réglementation.
Les sociétés d’extraction implantées au Burkina Faso ne sont en général que les deux faces d’une même pièce. Qu’elles s’appellent Gold Fields, Nantou Mining, Kalsaka (Mining Cluff), Burkina Mining Company (Etruscan), SEMAFO (Consortium), SOMITA (High River Gold), Essakane SA (Orezone), ces multinationales, pour leur implantation au Burkina, créent une société qui répond un tant soit peu aux exigences du pays. Mais ces entités restent des filiales d’une société mère internationale.
Dans les mines du Burkina Faso, ce qui saute le plus aux yeux est la tension qui règne entre les expatriés et la main-d’oeuvre locale du fait des conditions de travail. De Mana à Youga, de Taparko à Essakane, de Kalsaka à Perkoa, le malaise semble être généralisé avec des degrés divers d’un site à un autre.
Dans la phase exploration, construction et exploitation, beaucoup de travailleurs nationaux sont pris comme des journaliers et souvent sans aucun contrat, donc licenciable à volonté. Ceux qui ont la chance d’avoir un contrat ne sont pas non plus à l’abri des licenciements abusifs, certains expatriés réprimant toute contradiction. Le Burkinabé est très chichement payé pour suer, pas pour réfléchir et empêcher le patron “Nassaraa” d’exploiter tranquillement. De toutes les manières, en cas de différend, l’expatrié a toujours raison même quand il piétine la législation du travail.
Une législation qui prévoit huit heures de travail par jour mais dans les mines, on travaille sept jours sur sept, dix à douze heures par jour selon l’emploi que l’on occupe. Le paiement des heures supplémentaires est fonction de la compagnie minière et des humeurs du responsable des ressources humaines. La majorité des compagnies minières fait faussement croire aux travailleurs qu’elles ont signé des dérogations avec le gouvernement pour les heures additionnelles. Travailler de façon discontinue pendant sept jours donne droit dans les mines à un repos de sept jours toutes les deux ou trois semaines, plus un congé annuel de trente jours. Bien loin du rythmes des expatriés travaillant dans les mêmes mines : 30 jours de travail pour 26 jours de repos. Au final, ils ne travaillent que six mois dans l’année et sont payés douze mois. Dans certains secteurs des mines, le salaire minimum d’un expatrié dans les mines varie autour de 13 000 dollars (soit 6 000 000 F CFA) à 26 000 dollars (12 000 000 FCFA) par mois, tandis que les cadres nationaux les mieux payés tournent autour de 3 000 dollars pour les compagnies qui paient très bien, à 800 dollars (350 000 FCFA) par mois. Mais pour certains patrons des mines du Burkina, leurs salariés nationaux sont mieux traités que les fonctionnaires burkinabé. On ne peut pas être plus cynique que ça : arrimer le salaire des travailleurs des mines à celui des fonctionnaires, quand on sait que le fonctionnaire burkinabè compte parmi les plus mal payés au monde.
Mais à qui la faute ? Aux compagnies minières  ? À l’État burkinabé qui a octroyé des permis d’exploitation à la pelle sans prévoir un cadre légal pour les travailleurs des mines ou aux organisations syndicales qui ont abandonné les travailleurs des mines à leur sort ? Plus qu’un boom minier, c’est un boom esclavagiste qui a cours au Burkina.

Mamadou Cissé

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 175 - Décembre 2008
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