Survie

L’aube d’un espoir ?

(mis en ligne le 1er janvier 2009) - Odile Tobner, Sissulu Mandjou Sory

En moins d’une semaine, de jeunes militaires ont assis leur pouvoir en Guinée sans rencontrer de résistance, les Guinéens semblant surtout pressés d’être débarrassés des acteurs du « système Conté » qui a prévalu pendant vingt-quatre ans.

La Guinée Conakry a été le premier pays de l’Afrique occidentale française (AOF) à accéder à l’indépendance, en septembre 1958, grâce au « non » opposé à la « Communauté » proposée par de Gaulle. Cette communauté ne vécut que deux ans avant les indépendances de 1960. Mais de Gaulle garda pour Sékou Touré une haine tenace et tout fut fait pour saboter le jeune État. La dérive tyrannique et sanguinaire de Sékou Touré qui s’ensuivit est connue. Après un semblant de rapprochement en 1963, la Guinée rompit totalement avec la France de 1965 à 1975. Giscard et Sékou Touré renouent alors des relations. À la mort de Sékou Touré en 1984, un coup d’État militaire amène au pouvoir le colonel Lansana Conté, ancien sergent de l’armée française avant 1958. Il restera 24 ans au pouvoir jusqu’à sa mort le 23 décembre 2008. Sous sa présidence, la Guinée sombre totalement dans la corruption et sa population dans la misère. Le régime réprime les tentatives de putsch et les émeutes populaires, comme celles de janvier 2007 (voir ici & ), qui se soldèrent par plusieurs centaines de morts.

À la mort de Lansana Conté un coup d’État militaire vient de porter au pouvoir le capitaine Moussa Dadis Camara à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Celui-ci commence par mettre à la retraite 22 généraux, nomme comme Premier ministre Kabiné Komara, qui a la confiance des syndicats et de la société civile. Il a proclamé sa volonté de débarrasser la Guinée de la corruption qui gangrène sa classe dirigeante, mais aussi de revoir les accords avec les multinationales minières, essentiellement russes et canadiennes, qui exploitent en particulier la bauxite, dont la Guinée est le deuxième producteur mondial. Il est étrange en effet que la bauxite exportée massivement (17,4 millions de tonnes en 2001) ne rapporte à l’État que quelque 120 millions de dollars par an, alors que, du temps où l’Etat guinéen en était l’exploitant - et bien que la production ait doublé en 24 ans -, la bauxite rapportait alors 300 à 500 millions de dollars par an. En cause le prix d’achat dérisoire accordé aux compagnies et le peu d’impôts qu’elles versent, grâce à diverses pratiques illicites. La tâche est gigantesque mais, cinquante ans après l’indépendance, tout est à faire pour doter la Guinée de l’État riche et développé qu’elle devrait avoir eu depuis longtemps.

La Françafrique se met en branle

En attendant, on voit s’esquisser le schéma françafricain classique : avant Conakry, Alain Joyandet, premier responsable occidental à rencontrer la junte, s’est d’abord rendu à Dakar chez son obligé, le président sénégalais, Abdoulaye Wade avec qui il a concocté le contenu de ce séjour guinéen. Il faut rappeler qu’une semaine auparavant, c’est de Paris que Wade avait appelé la junte militaire à ne pas s’éterniser au pouvoir. C’est aussi de Paris, en flagrante contradiction avec la position de l’Union africaine que Wade a demandé à la communauté internationale de soutenir les nouveaux dirigeants guinéens. La Françafrique est en marche : la junte guinéenne a pu entamer « sa tournée d’explication  » dans les capitales d’Afrique de l’Ouest grâce à l’avion affrété « gracieusement » par Wade. Mais plusieurs fois annoncé à Conakry, Wade a finalement renoncé à s’y rendre face aux fortes pressions internes et externes. Dans le même temps, on nous enfume en réclamant des élections. Alain Joyandet s’en contrefiche. Ce qui compte dans le contexte actuel, pour toutes les puissances qui guignent les énormes richesses du pays, c’est de garder la main sur le processus, de sorte à engranger le maximum de contrats avec la junte. Pour ce faire, Joyandet va promettre aux putschistes (au moins) deux choses : les aider à desserrer l’étau diplomatique international et leur trouver de généreux « donateurs » qui vont financer le processus électoral à venir. Que du classique, quoi ! Cette visite de Joyandet constitue un premier test pour vérifier la solidité du pouvoir de Dadis Camara et de son équipe. Dans une brève déclaration à l’aéroport de Conakry, Joyandet a aussi indiqué qu’il venait en Guinée pour « faire passer un message à destination du peuple de Guinée et (...) lui confirmer que le peuple français (était)à ses côtés dans les moments difficiles » mais aussi « pour faire d’abord l’examen de la situation avec les responsables du pays et indiquer quelles sont les recommandations de la communauté internationale et de la France, dans l’intérêt évidemment de la Guinée et de son peuple ». Évidemment.

Odile Tobner & Sisulu Mandjou Sory

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 176 - Janvier 2009
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