Survie

La foudre jupitérienne de Sarko

(mis en ligne le 1er janvier 2009)

Lors de la commémoration du 60e Anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, à l’Elysée, le lundi 8 décembre 2008, le Président Sarkozy a déclaré : « Je dis, aujourd’hui, que le Président Mugabe doit partir, que le Zimbabwe a suffisamment souffert, (…). Il est temps de dire à M. Mugabe : “vous avez assez pris en otage votre peuple, les habitants du Zimbabwe, le droit à la liberté, à la sécurité et au respect ”. Il doit partir. »
Toujours cette « franchise » de Nicolas Sarkozy quand il parle aux Africains, à certains Africains. Rappelons en effet que sans aller jusqu’à une injonction aussi comminatoire, la seule allusion à la mauvaise gestion de certains dirigeants africains, non désignés nommément, a coûté son siège ministériel à Jean Marie Bockel.
On peut par ailleurs se demander quelle est la valeur opératoire de cette objurgation. Que Mugabe décide illico d’obtempérer, foudroyé par le bannissement sarkozien ? Sinon à quoi peut servir cette posture ? C’est tout le style du Président : brandir une foudre aussi jupitérienne que fantasmatique à tout propos et hors de propos, contre les schizophrènes, contre les incendiaires de voitures,… il faut « tonner contre », comme le notait Flaubert du bourgeois verbeux de son époque. Cela impressionne les foules particulièrement à l’heure du tout-communication.
Dans ce discours, sans la moindre élévation de pensée, le Président Sarkozy n’a pas rappelé à tout un chacun le respect des droits de l’homme, mais il s’est posé en représentant du Bien, stigmatisant sélectivement ses cibles : le 11 septembre, « la barbarie dans ce qu’elle a de plus ignoble », l’excision, mais oubliant les enfants qui creusent dans les mines de Coltan, les fillettes, esclaves de maison chez les riches dans Paris même, les jeunes hommes jetés à la mer sur les navires des passeurs, les manifestants tirés à balle réelles chez certains de ses amis… La litanie de la barbarie est infinie. Non il s’est contenté d’en cerner l’aspect étroitement vindicatif, par le petit bout de la lorgnette.

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