Survie

Les bons vœux de Sarkozy

(mis en ligne le 1er janvier 2009)

Mais quel est donc le fond de la pensée de Bernard Kouchner sur la politique de son patron de président à propos du Darfour. Celui-ci pour qui le Darfour était un dossier emblématique, qu’il se faisait fort de régler, est aujourd’hui passablement silencieux et même contraint de réciter la petite leçon de realpolitik de Nicolas Sarkozy en pleine commémoration du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Pendant que Kouchner s’en prend courageusement à Rama Yade, Nicolas Sarkozy mène, cyniquement, une campagne diplomatique afin de sortir des griffes de la cour pénale internationale (CPI), le président Omar Al-Bachir accusé notamment de « crimes de guerre, crime contre l’humanité et génocide ». Alors que Sarkozy est nouveau sur la scène internationale, il veut nous faire croire qu’Al-Bachir peut tenir des promesses de paix et qu’il est capable de gestes sérieux dans un conflit qui dure depuis 2003. Si des résultats étaient avérés dit-il, la France ne s’opposerait donc pas à l’application de l’article 16 des statuts de la cour pénale internationale (CPI) qui autorise une suspension des poursuites pour les dix chefs d’accusation visant Al-Bachir.
Pour toute réponse, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, a présenté, le 3 décembre dernier, un rapport virulent contre le président soudanais devant le Conseil de sécurité de l’ONU. La charge est violente et la réponse cinglante à la manœuvre de Sarkozy : « le génocide se poursuit » , « le président Al-Bachir a commis des crimes par l’intermédiaire de membres de l’appareil d’Etat, de l’armée et des milices janjawids (…) Il est au sommet de la structure hiérarchique de l’Etat, qu’il dirige personnellement, et assure l’intégration des milices janjawids au sein de cette structure ». Le rapport constate aussi que les deux responsables dont la Cour réclame depuis avril 2007 l’arrestation, Ahmed Haroun, ministre soudanais aux affaires humanitaires, et le chef de milice janjawid Ali Kushayb, sont toujours en liberté. Une question demeure : quel intérêt la France peut-elle retirer de cette manœuvre ?

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 176 - Janvier 2009
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