Survie

Jean Carbonare, une vie pour l’Afrique

(mis en ligne le 1er février 2009) - Odile Tobner

Jean Carbonare, président de Survie de 1988 à 1994 et militant résolu contre la Françafrique, celui qui a incarné la conscience de la France face au génocide des Tutsi du Rwanda s’est éteint le 17 janvier 2009

Jean Carbonare, né en 1926, d’un père d’origine italienne et d’une mère protestante de Montbéliard est orphelin à l’âge de 12 ans. Recueilli par une famille protestante de Besançon, Jean Carbonare continue ses études et passe le concours des Arts et Métiers. Cependant, après la guerre, il interrompt celles-ci pour travailler dans le commerce de sa famille d’accueil. Constatant les conditions indignes faites aux travailleurs maghrébins il fonde une association d’accueil aux travailleurs algériens qui deviendra l’A.A.T.E.M (Association d’Accueil des Travailleurs Etrangers et Migrants). Dans les années 50, il milite à la CIMADE.
En 1961 le couple Carbonare - Jean ayant épousé Marguerite Galland - s’installe dans le Constantinois en Algérie dans le cadre du CCSA (Comité Chrétien de Service en Algérie) créé par le Conseil œcuménique des Eglises. Jean est alors placé à la tête des chantiers populaires de reboisement (CPR) qui planteront 100 millions d’arbres (cèdres des Aurès, eucalyptus, oliviers, etc.). La famille Carbonare reste dans le Constantinois jusqu’en 1975.
Cet engagement au service du développement social, agricole et politique de l’Afrique se poursuit au Sénégal, puis au Bénin.
C’est ainsi qu’il fut en 1988 le président de l’association Survie France qui avait vu le jour au niveau international dans la lancée d’un Manifeste-appel contre l’extermination par la faim, signé dès son lancement par cinquante cinq Prix Nobel. Survie, dont il fut l’un des premiers responsables, se consacra à une lutte résolue contre la Françafrique et Jean Carbonare y prit une part déterminante.
En 1993, il participe à une commission d’enquête qui fut envoyée au Rwanda, un an avant le génocide, par la Fédération internationale des droits de l’homme. Jean Carbonare en revint décidé à alerter les responsables politiques français sur les dangers imminents de la situation et sur le caractère ambigu et dangereux du soutien militaire apporté par la France au régime hutu. Il fut reçu à deux reprises par la « Cellule Afrique » de l’Elysée, put obtenir une longue interview télévisée. Le tout en pure perte. On sait la suite : le génocide de 1994.
Jean Carbonare n’a jamais été le « conseiller politique » de Paul Kagame. Un mensonge figurant, dans un premier temps, dans un article de Stephen Smith (Le Monde, 18 mars 2004) et souvent repris ensuite pour tenter de discréditer Survie. S’il est en effet parti travailler au Rwanda au lendemain du génocide, ce séjour s’est effectué dans le cadre d’un projet de coopération technique de reconstruction que lui a confié le Président Bizimungu. Jean Carbonare a démissionné de son poste de président de Survie dès son départ pour le Rwanda en juillet 1994. Retiré à Dieulefit, dans la Drôme, il est décédé le 17 janvier 2009 après une vie entièrement consacrée au développement et au combat pour les droits de l’homme en Afrique.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 177 - Février 2009
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