Survie

L’héritage d’Houphouët

(mis en ligne le 1er février 2009) - Odile Tobner

Félix Houphouët Boigny, président de la Côte d’Ivoire de 1960 à 1993 n’a pas réussi à faire de son pays un « dragon » africain – le fameux « miracle ivoirien » n’était rien de plus qu’un « mirage ivoirien » – mais il a accumulé un patrimoine qui lui tient du miracle. En seulement quelque trente années de pouvoir le petit planteur a fait sa pelote en exerçant le métier de Chef d’Etat d’un pays sous-développé.
L’inventaire, même approximatif, donne le vertige : appartements à New York, à Londres, propriété aux Bahamas, villas (au pluriel) à Marne-la-coquette, diverses propriétés et appartements en France dont le célèbre Hôtel Masseran, à Paris, le plus bel hôtel particulier de Paris, acheté au baron Elie de Rothschild et bourré d’œuvres d’art au cours fantastique, sans compter bien sûr toutes les villas en Côte d’Ivoire, quand même. Ajoutez à cela des comptes bancaires comme s’il en pleuvait dans tous les paradis fiscaux et principalement en Suisse à la fameuse UBS, sur lesquels on relève des virements dont les montants sont en millions de Francs suisses.
Depuis sa mort, autour de la nonantaine, en 1993, sa succession a nourri une armée d’aigrefins, hommes de lois, héritiers, intermédiaires, entre les mains desquels la majeure partie s’est évaporée, mais elle n’est toujours pas réglée. L’Etat ivoirien a revendiqué la propriété de l’Hôtel Masseran, alors qu’il aurait dû saisir la quasi-totalité de cet héritage pharaonique acquis dans la gestion de ce même Etat.
On mesure alors toute l’indignité de ces Chefs d’Etats africains, obsédés par un enrichissement personnel qui confine à la folie. Ils ne pouvaient évidemment pas être des Hommes d’Etat, ce qui ne leur aurait pas laissé le loisir de penser à autre chose qu’à la tâche qui s’imposait à eux, tellement gigantesque qu’ils n’ont même pas essayé de s’y consacrer et on préféré se noyer dans le lucre.
Le pire est qu’aujourd’hui, si les peuples n’y mettent pas bon ordre, d’une façon ou d’une autre, dans certains pays comme le Togo, le Congo et le Gabon, la seconde génération, aux dents encore plus longues, dignes héritiers des vampires, s’apprête à continuer et amplifier, s’il se peut, le festin.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 177 - Février 2009
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