Survie

Mayotte : Un gros mensonge

(mis en ligne le 1er mars 2009)

Olivier Stirn, ex-Secrétaire d’Etat aux DOM TOM (1974-1978), ex-ministre délégué aux DOM TOM (mai 1988 – juin 1988), sur France culture, 23 février 2009, émission La fabrique de l’histoire : « Au départ on avait prévu un projet de loi qui donnait l’indépendance à l’ensemble des Comores, c’est à dire aux quatre îles [...] comme c’était la règle de ce qui s’appelait l’OUA à l’époque, [...]. Et puis sous la pression, à l’Assemblée nationale de Messmer, [et...] de Poher au Sénat, on a finalement choisi le scrutin île par île. J’ai accepté l’amendement des parlementaires. [...] Parce que [...] chacune des îles a un esprit îlien très fort [...] Or Mayotte, avait toujours eu peur d’être envahie par les Anjouanais et les Grands Comoriens, historiquement. Je pense que si les trois autres îles avaient choisi de rester françaises, Mayotte aurait peut-être choisi l’indépendance parce que leur problème, ce n’est pas d’être Français, leur problème est de ne pas être dépendants des Anjouanais et Grands Comoriens. [... Ils] ont choisi de rester Français pour être indépendants. »
Stirn n’est pas le seul acteur de l’arrachement de Mayotte aux Comores à affirmer que les Mahorais voulaient juste être séparés (ou « indépendants ») des autres îles : Adrien Giraud, le leader du Mouvement populaire mahorais (MPM), le disait aussi en 1973 (cf. Dossier noir n°19, Comores-Mayotte..., p. 57, où il est aussi expliqué comment Paris a créé et entretenu cette hostilité entre les îles, notamment avec les persécutions qu’Ahmed Abdallah, président foccartien du TOM Comores, faisait subir aux Mahorais).
L’histoire est notoirement mal servie par cette « fabrique » où l’animateur Emmanuel Laurentin n’évoque même pas l’illégalité de cette situation, les condamnations de l’ONU et laisse passer le mensonge de Stirn quand il nous dit que c’est l’Organisation de l’Unité africaine (OUA, future UA) qui impose la règle de conservation des frontières issues de la colonisation : non, c’est bien l’ONU.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 178 - Mars 2009
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