Survie

Côte d’Ivoire : un optimisme feint

(mis en ligne le 1er mai 2009)

Le 28 avril, le Conseil de Sécurité de l’ONU a expédié l’examen de la situation ivoirienne en quinze minutes. À la tribune, se sont succédés le représentant spécial de l’ONU à Abidjan et l’ambassadeur ivoirien. Ce dernier a relayé les remerciements du président Gbagbo au gouvernement français pour son soutien constant dans les négociations avec le FMI et la Banque Mondiale et sa demande de poursuivre. Quant au représentant spécial, il a complètement fait l’impasse sur le récent rapport intérimaire du Groupe d’experts onusien, pourtant fort éclairant sur l’enlisement du processus de paix et les dangers de la situation actuelle. En quelques lignes d’introduction, les experts balaient d’un revers de main l’optimisme feint des diplomates et pointe du doigt les obstacles constitués par des intérêts économiques ivoiriens et étrangers : « Le Groupe note que, si la situation politique en Côte d’Ivoire demeure relativement calme, il serait erroné d’y voir un signe de progrès vers un règlement pacifique de la crise. Dans le nord du pays, des milices quasi privées contrôlent les ressources naturelles et continuent d’extorquer des loyers aux entreprises locales et à la population civile. Comme toute économie quasi étatique de ce type, celle du nord de la Côte d’Ivoire est tributaire des marchés étrangers pour l’exportation des ressources naturelles et des relations avec les fournisseurs étrangers pour l’importation de biens stratégiques comme le carburant, les véhicules et les armes [...]. Le nord du pays est divisé en plusieurs commandements politico-militaires qui se disputent (parfois violemment) le contrôle des ressources naturelles et du commerce. Si la situation politique du pays venait à se détériorer, menaçant les intérêts économiques de certaines parties, le Groupe ne peut exclure la possibilité d’une escalade rapide de la violence armée, en particulier dans le nord. Malgré l’embargo sur les armes, les parties au conflit demeurent assez lourdement armées pour engager des hostilités armées soutenues, et certaines se réarment. Dans les prochains mois, certaines parties renforceront davantage leur contrôle sur le territoire et les ressources économiques du nord de la Côte d’Ivoire, augmentant ainsi les enjeux de tout règlement politique futur ». En plus de la charge de l’introduction, les experts promettent dans le rapport final de décembre « une analyse globale des revenus des forces nouvelles ». Parviendront-ils à bousculer le train-train des profiteurs de la crise ?

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 180 - Mai 2009
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