Survie

First dog

(mis en ligne le 1er mai 2009) - Odile Tobner

A quoi tient la politique ! Je m’étonne toujours de la capacité des médias à nous entretenir de futilités alors qu’on occulte les sujets majeurs qui nous concernent. Mais c’est une naïveté puisque les médias sont justement faits pour nous empêcher de nous occuper de ce qui est important pour nous.

Ainsi la peopolisation du pouvoir nous a valu aux infos TV des images sur le chien offert à la famille gouvernante états-unienne, présenté comme « the first dog ». Quel grincheux peut prendre ombrage de cette anecdote humoristique ! Mais il faut se méfier de l’humour, il ne faut pas trop jouer avec parce que sa fonction est éminemment subversive – ainsi la cérémonie qui montrait Bush grâciant une dinde le jour de la célébration du thanksgiving rappelle par l’absurde qu’il n’a jamais gracié aucun condamné à mort quand il était gouverneur du Texas.

Et si cette nouvelle humoristique nous suggérait que tous les palais gouvernementaux n’étaient finalement, à la Maison Blanche à l’Elysée et ailleurs, que des niches pour les first dogs qui nous gouvernent. On l’a vu au sommet du G 20 à Londres, réuni pour lutter contre les paradis fiscaux, et qui n’a même pas accouché d’une souris. La ridicule liste noire de quatre noms, le Costa Rica, la Malaisie, les Philippines et l’Uruguay exhibée à l’issue des travaux, s’est même évaporée en quelques instants – ces maladroits s’étant empressés de prendre l’engagement de respecter les normes internationales en matière d’information bancaire – si bien que le secrétaire général de l’OCDE a pu annoncer, avec un humour involontaire, le 7 avril 2009, qu’il n’y a plus aucun pays sur la liste noire des paradis fiscaux. On se bouscule par contre sur la liste grise, voire gris foncé, puisque décidément on ne lésine pas sur l’humour dans les hautes sphères.

Les dirigeants des 20 pays les plus riches, censés être réunis pour prendre des mesures contre l’évasion des capitaux – ce qui passait nécessairement par la réforme drastique de ces « normes internationales » qui ont permis toutes les aberrations de la situation actuelle – se sont contentés de poser pour la photo. Ils ont montré qu’ils étaient tenus en laisse par des intérêts bien plus contraignants que ceux des peuples qu’ils disent représenter. Ils ont renvoyé les vraies décisions à leurs maîtres.

Ils ont décidé d’allouer plus de 1 000 milliards de dollars aux IFI (Institutions financières internationales, banque mondiale et fond monétaire international) les fonds du FMI s’en trouvent triplés avec 500 milliards de dollars supplémentaires, s’ajoutant aux 250 milliards de dollars de ressources existantes. Les pouvoirs politiques des IFI sont renforcés, ce qui renforce en conséquence le pouvoir des vrais décideurs en son sein puisque la réforme des quotas de vote est renvoyée aux calendes grecques. Les dindons de la farce sont, comme de juste, une grande partie des pays émergents et les pays les plus pauvres c’est-à-dire tous ceux qui ne figurent pas sur la photo.

Sur les hedge funds (fonds spéculatifs non réglementés, peu transparents, souvent implantés dans les paradis fiscaux), on a décidé non une réglementation, qui suffisait à les faire disparaître, mais la création d’une « agence de notation » qui a fait ricaner leurs promoteurs. On s’en est remis à la sagesse des dirigeants des banques et des multinationales pour réguler leurs extravagantes rémunérations. Autant demander au gibier de tisser les rêts pour se prendre.

Enfin on a réaffirmé le dogme de l’OMC sur la liberté des échanges dans le commerce mondial. Sachant que 17 des 20 pays présents venaient de prendre ou de renforcer des dispositions protectionnistes, c’était la note « le chien aboie, la caravane passe » de l’événement.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 180 - Mai 2009
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