Survie

Ruée sur l’Afrique

(mis en ligne le 1er juin 2009) - Odile Tobner

L’Histoire a son éloquence propre, en dépit de tout ce qu’on essaie de lui faire dire de contraire à l’évidence. Nous assistons à la troisième grande ruée sur l’Afrique, inépuisable réservoir de puissance. Il y a eu d’abord, du XVIe au XIXe siècle, la grande déportation, unique dans l’histoire des peuples, de la traite et de l’esclavage en Amérique, ce dont témoigne suffi samment la masse de la population afroaméricaine du nouveau monde. « Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique pour s’en servir à défricher tant de terres », constate froidement Montesquieu.

Puis il y a eu le grand partage du traité de Berlin en 1885, qui a assigné aux puissances européennes chacune son morceau d’Afrique, devenue source de denrées agricoles exotiques, de minerais divers autant que précieux et surtout d’énergie fossile, indispensable aliment du mode de vie actuel. La France est la seule qui ait réussi jusqu’à présent, à maintenir sous sa domination politique, économique et militaire son domaine colonial. C’est la Françafrique, dont on a annoncé mille fois le décès et qui donne cependant toujours des signes manifestes d’existence.

La troisième période de l’exploitation voit se concentrer aujourd’hui sur l’Afrique la faim des matières premières qui nourrissent les grands pays du monde. L’Amérique et l’Asie viennent maintenant prendre leur part du gâteau africain. Les forestiers et les compagnies minières du monde entier se pressent pour avoir un bout de territoire à exploiter. Cette nouvelle colonisation prospère sur les structures mises en place par la précédente : impotence des États qui sont gangrenés par la corruption, gouvernement par la fraude et la violence des oligarchies qui bradent les richesses du patrimoine national au bénéfi ce partagé entre elles et les multinationales étrangères, déchaînement des guerres civiles entre les clans qui veulent contrôler les territoires, appuyés eux-mêmes sur les rivalités des puissances mondiales dans leur course aux matières premières. Le tableau est apocalyptique.

Mais, quand on parle de remède dans la bonne gouvernance, il faut dire où est la véritable mauvaise gouvernance à laquelle il faut impérativement remédier. C’est celle des maîtres du jeu que sont les organisations internationales et les sociétés multinationales dont la coexistence montre sa malfaisance particulièrement en Afrique, où les gouvernants ne sont que leurs fondés de pouvoir. Territoire d’élection, depuis si longtemps, de la domination étrangère, l’Afrique est la preuve agonisante de la logique de dévastation qui la conduit.

Ne prenons qu’un exemple avec le cas de l’exploitation du minerai uranifère du Niger par la multinationale française Areva, ex-Cogema. On vient d’inaugurer en grande pompe la plus importante exploitation d’Afrique à Imouraren au Niger.

Selon Areva, « cette exploitation permettra au Niger de doubler sa production d’uranium actuelle et de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs ».

Cette affirmation est grossièrement mensongère puisque le Niger ne produit pas une once d’uranium mais seulement du yellowcake, produit semi-raffi né. En fait, c’est la France qui est le deuxième producteur mondial d’uranium alors qu’elle ne possède qu’une infime quantité de minerai uranifère sur son sol. En trente ans d’exploitation Cogema-Areva est devenu l’un des premiers groupes mondiaux, affi chant des bénéfices impressionnants. Dans le même temps, le Niger se traîne dans les derniers rangs en terme de revenu par habitant, 154e sur 163 pays. Cherchez l’erreur !

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 181 - Juin 2009
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