Survie

Olivia Ruiz sankariste ?

(mis en ligne le 1er juillet 2009) - Bruno Jaffré

La sortie de son nouvel album en avril et le début d’une tournée a généré une importante campagne médiatique selon la loi du genre pour cette jeune chanteuse en pleine ascension. Non sans quelques surprises. Ainsi, à la question « si, d’un coup de baguette magique, tu pouvais changer quelque chose dans le monde, ce serait quoi ? » Olivia répond : « Je ressusciterais Thomas Sankara, le président du Burkina Faso qui fut assassiné en 1987 lors d’un coup d’État. Cet homme rendait les Africains fiers et il manque cruellement aujourd’hui » (Métro du 28 mai 2009).
Peu avant la sortie de son album, Olivia Ruiz est partie une semaine au Burkina pour soutenir son frère Toan qui s’est lancé dans un projet humanitaire et artistique. Il s’agissait d’enregistrer des rappeurs burkinabé, de les présenter et de mettre en ligne leurs morceaux que l’on peut télécharger gratuitement sur un site réalisé par Orange et Sony Ericsson sur lequel on peut aussi envoyer des fonds pour le projet du petit frère…
L’enregistrement a été réalisé dans les studios Abazon de Smockey, producteur et rappeur très en vue dans son pays. D’autres artistes connus pour leur engagement comme Obscur Jaffar ou Faso Kombat ont participé à l’aventure non sans une certaine perplexité selon ce que nous savons. Avec de telles fréquentations, les déclarations d’Olivia Ruiz surprennent déjà moins. Promotion de rappeurs burkinabé, projet humanitaire, campagne d’images de deux multinationales… Mélange des genres direz-vous ? Nos demandes d’explication sont restées sans réponses. Mais Olivia Ruiz ne cache rien des pratiques entre multinationales et artistes.
Trois mois après un séjour de Toan, dit-elle : « …Sony et Orange me proposent de financer le projet humanitaire de mon choix en échange de ma tronche et de mon album espagnol pour vendre leur téléphone » (Interview dans l’HD du 28 mai 2009). Ainsi, profitant de la générosité, du frère et de la soeur, Orange et Sony Ericsson, se sont payé une publicité peu coûteuse, utilisant l’image d’Olivia Ruiz, sous couvert de financer un projet humanitaire et artistique, puisqu’ils bénéficient ainsi d’une réduction d’impôt de 60% des sommes engagées.

Bruno Jaffré

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 182 - Juillet 2009
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