Survie

Une voix bâillonnée

(mis en ligne le 1er juillet 2009)

À l’issue d’un procès caricatural, l’artiste camerounais Lambo Sandjo Pierre Roger, dit Lapiro de Mbanga, a été condamné à trois ans d’emprisonnement et à verser de lourdes sommes en dommages et intérêts : 80 millions de francs CFA au ministère de Finances et 200 millions de francs CFA à la Société des plantations de Mbanga (SPM), groupe à 50% français, 25% danois et 25% camerounais, dont l’actionnaire principal est le béké martiniquais Jean Simonnet via son groupe la Financière Castri. Le procès a pourtant montré que le dossier d’accusation de « complicité de pillage en bande, destruction de biens, attroupement sur la voie publique » était vide. Des témoins reconnaissent par exemple avoir, sous la pression, menti dans leurs premières déclarations. Et chacun sait que le chanteur paie la popularité de son tube dénonçant la modification de la Constitution par Biya afin de se représenter en 2011. Les auteurs principaux des faits, dont Lapiro serait seulement complice, avaient d’ailleurs écopé de peines moins lourdes (maximum dix-huit mois de prison ferme) avant de bénéficier d´une grâce présidentielle deux mois et demi plus tard. Il faut dire qu’ils faisaient moins de tort à Biya et aux sociétés occidentales, françaises notamment, qui pillent le Cameroun. Bien évidemment la France, prompte à dénoncer tout fait similaire en Iran, se tait sur ce dossier.
Gageons qu’avec la suppression du secrétariat aux Droits de l’homme dans le gouvernement Fillon IV, cela fera encore une raison de moins pour évoquer cette mascarade judiciaire lors de la visite officielle en France du président Paul Biya le 21 juillet.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 182 - Juillet 2009
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