Survie

Le volet judiciaire du feuilleton Amesys enfin ouvert

(mis en ligne le 12 juin 2012) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

En février 2011, le site Reflets.info révélait les premières informations sur des systèmes d’écoute globale qui avaient été vendus à la Libye de Khadafi afin de perfectionner son appareil répressif. Depuis, de nombreux détails ont enrichi un dossier qui pourrait enfin déboucher sur le plan judiciaire.

Le 22 mai 2012, une « instruction judiciaire visant Amesys pour complicité d’actes de tortures en Libye » à la suite d’une plainte déposée par la LDH et la FIDH ... sept mois plus tôt. Le temps peut-être que le parquet, toujours pas indépendant en France, prenne acte du changement d’hôte à l’Élysée. L’affaire Amesys concerne d’un peu trop près le précédent gouvernement : la fille de Gérard Longuet y est directrice de la communication, les services français s’en sont mêlés (au moins en formant leurs homologues libyens à l’utilisation des systèmes d’écoute), pour Reflets « le contrat d’Amesys s’inscrit [...] dans le cadre d’une coopération scellée [...] lors du voyage de Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux à Tripoli le 6 octobre 2006 ».

Cerise sur le gâteau, c’est Ziad Takkiedine qui aurait servi d’intermédiaire, en empochant une commission de 4,5 mil­lions d’euros. Les sujets de discussion ne manqueront donc probablement pas pour les juges s’ils décident d’auditionner les différents acteurs du dossier.

Au-delà du cas libyen, il y a aussi matière à s’interroger sur la vente de ces systèmes à des régimes aussi démocratiques que le Maroc, le Gabon ou le Qatar.

Qu’en est-il aussi du déploiement de tels systèmes d’écoutes globales (qui sont capables d’intercepter l’ensemble des communications internet d’un pays) en France ? Un article du Figaro l’évoquait déjà en septembre 2011 : « Une version du logiciel Eagle [nom du système d’écoute], conforme à la loi, est utilisée en France depuis 2009 ». La loi française, pourtant, soumet à l’autorisation d’un juge les écoutes ciblées sur une personne : on voit donc mal comment un tel système pourrait être « conforme à la loi ».

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 214 - juin 2012
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