Survie

Niger : les silences d’Issoufou

rédigé le 1er juillet 2012 (mis en ligne le 5 septembre 2012) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Le président nigérien Mamadou
Issoufou était en France début juin et
a rencontré à cette occasion « la fine
fleur des ONG françaises
 », le Niger étant
aussi le paradis de l’aide internationale et
des ONG es nutrition, agriculture, droit des
femmes, pastoralisme, prévention des risques
liés aux mines, etc.

Interlocuteur privilégié du
nouveau gouvernement français et de l’Union
européenne, Mamadou Issoufou s’est livré à
une véritable opération de communication le
18 juin dernier.

Le président du Niger a insisté
sur la croissance providentielle de son pays
(15%) et l’augmentation du budget de l’Etat
de 30% entre 2011 et 2012, grâce notamment
aux revenus des matières premières (uranium
et pétrole).

Il a appellé de ses vœux une
dépendance accrue de son économie aux
compagnies étrangères, quelles qu’en soient
les conséquences : « Les Chinois sont très
agressifs... il faut que les investisseurs
français soient encore plus agressifs.
 » Des
interrogations demeurent toutefois, exprimées
par les représentants d’ONG.

Quid, malgré
la croissance, de la situation alimentaire
critique du Niger ? Le président sort de sa
poche le programme NNN – « Les Nigériens
nourrissent les Nigériens
 ». Comment se fait-il que malgré un budget de l’Etat en forte
hausse, la part du budget allouée à la santé
diminue ? Réponse : il augmente toute de
même en volume. Les ONG dénoncent-elles
la corruption des forces armées et de police ?
Issoufou rappelle l’existence du numéro vert
anticorruption et appelle à la dénonciation
du racket. A toutes ces questions, Mamadou
Issoufou a répondu point par point.

Ce qui n’a pas été le cas à celle posées
par Survie et Sherpa sur les conditions
d’exploitation de l’uranium par Areva,
sur l’utilisation de l’eau du sous-sol
gratuitement et dans des quantités
immenses, sur la volonté du gouvernement
de financer une étude indépendante
d’impact des mines d’Areva.

Silence.

Pas
étonnant de la part de cet ancien étudiant des
Mines et ex-dirigeant de la Somaïr, une des
deux filiales d’Areva au Niger ! Impossible
apparemment pour Issoufou de répondre à
ces interpellations alors même qu’il venait
d’obtenir, le 12 juin, de François Hollande
une promesse d’accélérer le début de
l’exploitation de la mine d’Imouraren par
Areva.

Le nucléaire reste pour le président
français comme pour le président nigérien
une question pas comme les autres, qui
déroge à l’exigence de transparence et au
débat démocratique !

Soutenez l'action en justice contre Total !
Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 215 - juillet-août 2012
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du délai. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
Pour aller plus loin
a lire aussi