Survie

Des plantations à la prison

rédigé le 1er mars 2016 (mis en ligne le 4 avril 2016) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Bolloré est l’actionnaire principal de la Socfin, holding luxembourgeoise qui contrôle des plantations industrielles en Afrique et en Asie. Les surfaces plantées des sociétés africaines de la Socfin sont passées de 87 303 à 108 465 ha entre 2011 et 2014, soit une augmentation de 24%, source de conflits avec les communautés locales.

Appuyés depuis 2010 par l’ONG française ReAct, les riverains des plantations au Cameroun, Libéria, Sierra Léone, Côte d’Ivoire et Cambodge ont créé l’Alliance transnationale des Riverains des plantations de Socfin-Bolloré. Comme le précise l’ONG sur son site web, « leur mise en relation […] leur permet de partager les avancées dans leur pays respectif et d’élaborer une stratégie commune de défense de leurs droits ». Ainsi, tout le réseau a réagi solidairement face à l’emprisonnement, le 5 février, de 6 leaders des communautés locales affectées par les investissements d’une filiale de Socfin au Sierra Leone, accusés de la destruction de 40 palmiers à huile. Ces 6 militants de l’association MALOA (Malen Affected Land Owners and Users Association), qui nient les faits, devront purger des peines de prison de plusieurs mois s’ils ne parviennent pas à payer les amendes dont le cumul fait plus de 47 000 euros ! Depuis 2011, la filiale de Socfin a obtenu dans le pays 12 000ha de terres qui étaient utilisées par les agriculteurs locaux de 40 villages, une histoire émaillée d’épisodes de répression : arrestation de manifestants en octobre 2011 puis en août 2012 ; tirs de la police et arrestations de manifestants le 9 décembre 2013 ; arrestations de 11 personnes suite à des heurts le 14 janvier 2015, emprisonnement de 7 membres de l’association le 8 septembre 2015 lors d’une campagne d’adhésion…

Bolloré, bien qu’actionnaire « minoritaire » de la Socfin, s’était engagé à user de son influence pour résoudre les conflits fonciers, lorsqu’il avait reçu Shiaka Sama, l’un des « 6 de MALOA », et d’autres représentants de communautés à Paris le 24 octobre 2014. Il s’était alors engagé à une deuxième réunion de négociation en 2015… qui n’a pas eu lieu. Shiaka Sama annonçait ses craintes quelques jours avant le verdict : « Bolloré ne tient pas ses promesses de médiation et laisse Socfin réprimer plutôt que dialoguer. En Sierra Leone la Socfin a juré d’user de son influence pour nous mettre en prison pour avoir dénoncé les violations des droits des communautés dont ils se sont rendus coupables à Malen ».

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 255 - mars 2016
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