Survie

Merci la France 1

rédigé le 1er février 2017 (mis en ligne le 20 juillet 2017) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

« Moi président » termine son septennat en beauté dans la rubrique Françafrique et sous­-couvert de lutte contre le terrorisme. Par arrêté des ministres de l’Economie et de l’Intérieur, les comptes bancaires de 2 oppo­sants tchadiens et d’un opposant congolais ont été gelés, sur la base de l’article L562­1 du code monétaire et financier qui s’applique aux personnes « qui commettent, ou tentent de commettre, des actes de terro­risme » (Libération, 27/01). Si Ma­hamat Nouri et Mahamat Mahadi sont ou ont été liés à des mouve­ments politico­-militaires oppo­sés au régime de Déby, et si Ferdinand Mbaou a été le chef de la garde présiden­tielle de Pascal Lissouba, ils vivent en France depuis de nombreuses années et ont, selon Libération, un train de vie plutôt modeste. Mais surtout, ils n’ont jamais appartenu a des mouvements « terroristes », sauf à considé­rer comme tels tous ceux qui prônent la lutte armée contre des dictatures. C’est ap­paremment la logique assumée de l’État français puisque le ministère des Affaires étrangères, interpellé par des journalistes, a à son tour affirmé que « cette décision est liée aux activités de ces individus dans leurs pays respectifs en vue d’inciter et de faciliter la commission d’actes de terro­risme. » (30/01) Il s’agit bien sûr uniquement d’une petite gâterie à destination (à la de­mande ?) de Déby et Sassou, dont le terro­risme d’État pratiqué de longue date ne pose en revanche aucun problème. Mieux, selon le Canard Enchaîné (25/01), la femme du dictateur tchadien s’est vu accor­der la nationalité française bien qu’« aucun des critères prévus par les quatre lois régis­sant la naturalisation (votées entre 2006 et 2016) n’était remplie... ». « Une récompense présidentielle », selon un diplomate, pour celui qui accueille le commandement de la force Barkhane. Une décision bien pratique : si un jour le tyran et sa famille risquent d’être lynchés par la population tchadienne, l’ar­mée française pourra intervenir sous le pré­texte habituel de venir au secours d’une expatriée...

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 265 - février 2017
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