Survie

Macron et l’Afrique au G20

rédigé le 7 août 2017 (mis en ligne le 23 novembre 2017) - Odile Tobner

Quelle mouche a piqué ce journaliste africain, lors de la conférence de presse du G20 à Hambourg, de réclamer « un plan Mar­shall » pour l’Afrique. Cette insolence méri­tait une leçon. Il l’a reçue du Jupiter au petit pied nommé Macron.

En substance : cette re­vendication est nulle, des sous pour l’Afrique, on n’a pas cessé d’en donner, pour quel ré­sultat ? D’abord le plan Marshall c’était pour reconstruire de vrais pays. Pas de ça en Afrique où le problème est « civilisationnel »­ - kekcekça ? La version macronienne du dis­cours de Sarko à Dakar.

Pour Macron l’Afrique c’est – énuméra­tion pédantesque sur les doigts de la main – des États faillis, de la corruption, des trafics en tout genre, du terrorisme, et surtout ... trop d’Africains – obsession blanche de la natalité dans un continent sous­-peuplé qui manque de ressources humaines ­.

Les solu­tions ? Macron serine à nouveau : bonne gou­vernance, lutte contre la corruption, lutte contre la natalité. Nous y remédierons à notre façon, avec nos investisseurs privés et avec les présidents africains – c’est­-à­-dire des béné­fices pour nous et le pouvoir à nos affidés. Les peuples ? Inconnus au bataillon macronien. On pense et on décide pour eux dans la meilleure tradition coloniale.

Macron, dans cette intervention, d’autant plus caricaturale qu’elle adoptait un ton insupportablement prétentieux et paternaliste, a donné la meilleure démonstration du pro­blème crucial de l’Afrique : l’invasion impé­rialiste. Ce tableau fourre­-tout des « fléaux » du continent est un mélange d’enfoncement de portes ouvertes, fausses évidences, consé­quences prises pour des causes, et de fan­tasmes invétérés contredisant la réalité [1].

Il oublie le fléau originel, quatre siècles de dé­sastre économique et humain dû aux rapines et invasions de l’Occident, avec la traite et la colonisation, toujours en cours, qui ont sai­gné à blanc les ressources humaines et maté­rielles du continent.

L’erreur, monumentale, du journaliste a été de parler d’aide, succombant à la plus grande mystification idéologique de l’impé­rialisme. Il donnait les verges pour se faire battre. Il s’agit de réclamer des compensa­tions pour le désastre subi. Cela ne peut être fait que par une Afrique indépendante, dé­barrassée de toute tutelle et du vampirisme des multinationales. Cela peut paraître uto­pique mais les nouvelles et nombreuses – horreur ! ­ - générations africaines n’ont que cela en ligne de mire. Elles ne demanderont pas des sous, elles défendront les leurs.

[1Il y a quatre siècles environ, l’Afrique représentait près de 17 % de la population mondiale. Ce chiffre a chuté pour atteindre 7 % en 1900. En 2016, l’Afrique représente plus de 16 % de la population mondiale

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 269 - juillet-août 2017
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