Survie

Afrique centrale : longue vie aux dictatures françafricaines !

rédigé le 15 janvier 2018 (mis en ligne le 26 juin 2018) - Odile Tobner

En cette fin 2017 on a célébré de bien tristes anniversaires.

En 1962 au Cameroun, Paul Biya, frais émoulu de l’ENFOM, l’École Nationale de la France d’Outre-Mer, qui forma pendant des décennies des administrateurs coloniaux, intègre le cabinet du président Hamadou Ahidjo, le « petit Peul » que la France a installé en 1960 aux commandes du nouvel État, tandis qu’un corps expéditionnaire exterminait les résistants de l’UPC (Union des Populations du Cameroun) le parti nationaliste, dont le chef prestigieux Ruben Um Nyobé avait péri assassiné en 1958. En 1968 le discret et docile Biya devient Secrétaire général de la présidence, en 1972 il devient Premier ministre et en 1982 il évince le président Ahidjo, poussé à la démission. Âgé de 85 ans il fête aujourd’hui ses 35 ans de règne et 55 ans de pouvoir.

Bongocratie

En 1962, au Gabon, Albert Bongo, fonctionnaire des PTT et agent des services français, entre au cabinet de Léon Mba, devenu président du nouvel État en 1960 – Mba aurait souhaité que le Gabon devienne un département français. Bongo évince progressivement Léon Mba, qui a été remis en selle en 1964 par l’armée française contre une tentative de coup d’État, et lui succède à sa mort en 1967. Assis sur les richesses pétrolières du Gabon, Bongo règne sans discontinuer jusqu’à sa mort en Espagne, où il avait été hospitalisé, en 2009. Son fils Ali Bongo, qui a grandi en politique dans l’ombre de son père en occupant successivement un poste à la Présidence, un siège de député, les fonctions de ministre des Affaires étrangères puis de ministre de la Défense, lui succède. Il serait excessif de parler d’élection. Aujourd’hui le clan Bongo fête 55 ans de pouvoir.

Le destin de ces deux pays est moins reluisant que celui des prédateurs qui ont monopolisé le pouvoir. Il est marqué d’abord par la violence politique. En 1970 le leader politique populaire Germain Mba est assassiné au Gabon par des mercenaires français, en 1971 le leader de l’UPC Ernest Ouandié est jugé et exécuté au Cameroun. En 1977 et en 1990 les opposants gabonais Ndouna Depenaud et Joseph Rendjambé disparaissent dans des conditions obscures. En 1984 une tentative de coup d’État est noyée dans le sang au Cameroun. En 1992 la répression de la revendication populaire d’une conférence nationale fait au Cameroun 300 morts. En 2000 un sinistre épisode de « lutte contre la délinquance » à Douala fait 1500 morts en un an. Il y aura 150 morts en 2008 en 3 jours d’émeutes au Cameroun contre la réforme constitutionnelle pour une présidence à vie.

Parasitisme et répression

L’autre fléau est la vertigineuse corruption qui s’est enkystée dans tous les rouages du fonctionnement de ces pays et qui les ronge si profondément qu’elle interdit toute perspective de sortie de la misère pour la quasi totalité de la population. La rente d’État alimentée par l’exploitation du bois, du pétrole et des mines a été détournée au Gabon pendant des décennies au profit d’une système de parasitisme nourrissant un clan mafieux et ses parrains politico affairistes français. L’affaire Elf en a été le symptôme le plus visible et le plus scandaleux en ce qu’elle a seulement laissé entrevoir de ses rouages criminels, immédiatement dérobés à toute investigation autre que anecdotique. L’émirat pétrolier d’Afrique centrale n’a même pas consacré quelques miettes au service du bien être de sa population. À un jet de pierre de l’étalage du luxe privé le plus insolent, les quartiers de Libreville offrent le spectacle de la déshérence où végètent les quelque un million et demi de Gabonais. Le Cameroun offre le même tableau affligeant, avec les mêmes acteurs, à une échelle vingt fois plus grande. La corruption a vidé l’appareil d’État de toutes ses fonctions, ne laissant qu’une apparence derrière laquelle s’engraisse une hydre dévorante qui se nourrit de toute la substance du pays. Ces régimes, tombés dans le discrédit, ébranlés par la sourde révolte des habitants, ne tiennent que par le recours constant à une répression sans limite et sans loi, que la France politique affairiste et médiatique feint de ne pas voir car elle en profite largement pour pérenniser ses profits.

Heureux anniversaire à la Françafrique, malheur aux peuples colonisés !

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