Survie

Gabon : monarchisation du pouvoir

rédigé le 15 janvier 2018 (mis en ligne le 26 juin 2018) - Thomas Bart

Mercredi 10 janvier, Ali Bongo a fait voter par un parlement constitué presque exclusivement de membres du PDG -parti au pouvoir- une nouvelle constitution : la septième depuis la fin officielle du monopartisme en 1991.

En plus de lui apporter une immunité ad vitam æternam (Ali Bongo ne pourra plus être poursuivi, recherché ou jugé même s’il perdait le pouvoir), la modification d’une quarantaine d’articles (sur 119) dela Constitution lui permet de renforcer encore davantage son pouvoir vis-à-vis de toutes les autres institutions. Il pourra notamment nommer 6 des 9 membres de la Cour constitutionnelle : 3 directement, et 3 via le Conseil Supérieur de la Magistrature qu’il préside. Quant aux cadres nommés à des hautes fonctions civiles et militaires, ils devront maintenant prêter serment devant sa Majesté Ali Bongo.

L’opposition parle d’ailleurs d’une monarchisation du pouvoir avec cette nouvelle constitution. Une monarchie au Gabon est d’ailleurs un vieux rêve d’Ali Bongo, comme le relatait déjà Jacques Foccart dans son « Journal de l’Elysée » : A la fin des années 80, l’héritier d’Omar Bongo, Ali, était venu sonder Jacques Chirac – alors Premier ministre de cohabitation de François Mitterrand – pour voir s’il serait possible d’instaurer une monarchie au Gabon… Jacques Chirac lui avait alors fait part de ses « réserves », notamment suite à l’expérience de Jean Bedel Bokassa dans son empire de Centrafrique…

Remaniement du PDG

Ali Bongo a en fin de compte décidé d’organiser les prochaines élections législatives, plusieurs fois repoussées, en avril prochain. Afin d’écarter les différents membres de son parti mécontents de sa gestion du pouvoir, ainsi que les derniers barons d’Omar Bongo encore en place, le grand chef a décidé de restructurer le PDG avant les prochaines élections, notamment en passant par son Secrétaire général, Eric Dodo Bounguendza. Mécontents, d’anciens cadres du parti présidentiel ont annoncé qu’ils se présenteront en opposition aux candidats retenus par le PDG… ou comment les hommes politiques gabonais continuent de passer de l’opposition au parti au pouvoir, et inversement.

Soutien de l’AFD

Sur le plan socio-économique par contre, il n’y a toujours pas de changement : un chômage toujours aussi haut, des grèves qui ont recommencé en ce début d’année 2018, et un pays qui continue de s’endetter.

L’Agence Française du Développement (AFD) a d’ailleurs signé le 1er décembre un nouveau prêt de 225 millions d’euros sur trois ans avec le gouvernement gabonais. Ce crédit a pour but d’appuyer le programme entre le Fonds Monétaire International (FMI) et le Gabon : un nouveau plan d’ajustement structurel et d’austérité à venir. Ce programme avec le FMI, soutenu par l’AFD, a notamment pour but d’apurer les arriérés de dette de l’Etat envers les entreprises présentes, où les entreprises françaises ont toujours une très bonne place. Elles peuvent dire merci à l’AFD.

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