Survie

Un éco-geste pour verdir la Françafrique

rédigé le 15 janvier 2018 (mis en ligne le 26 juin 2018) - Roland Sérabe

Tout est bon à prendre lorsqu’il s’agit de renforcer la domination française sur certains pays : le climat est une nouvelle porte d’entrée bien verte en ce sens. Retour sur le sommet du 12 décembre voulu par Emmanuel Macron.

L’Accord de Paris de la COP21 signé en 2015 a vu les Etats riches promettre de financer à hauteur de 100 milliards de dollars l’atténuation (baisse du CO2) et l’adaptation (financer des infrastructures résilientes) au changement climatique des pays les plus vulnérables.

La finance au secours du climat

Emmanuel Macron récupère à son avantage médiatique cette fameuse question climatique et abuse de la communication sur le sujet. A l’occasion de la 23ème Conférence des Parties (COP 23) qui s’est réunie en novembre dernier à Bonn, Emmanuel Macron a abusé de belles formules pour annoncer qu’il fallait « Acter dans les prochains mois une transformation profonde de notre aide internationale […] pour aider à l’adaptation et à la solidarité climatique dont les pays les plus vulnérables ont besoin. » C’est au cours de ce discours que Macron a annoncé la tenue d’un sommet sur la finance et le climat le 12 décembre à Paris. L’étape d’après était d’inviter très largement des centaines de chefs d’Etat, de banques d’investissements, de banques privées ou publiques et des centaines de journalistes pour parler finance et climat et orchestrer une opération de communication sur des annonces en matière climatique qui s’annonçaient prometteuses.

Depuis l’estrade et pendant plus de 4 heures de plénière, au rythme d’annonces décevantes pour le climat, le public a été appelé à applaudir à plusieurs reprises des représentants de pays piliers de la Françafrique et dont l’exemplarité climatique est pourtant très contestable.

Les manigances de la France

Les pays riches ont profité largement des ressources des pays du Sud et notamment des anciennes colonies africaines pour se développer. Cette inégalité et cette dépendance vis à vis des ressources a conduit certains pays à rester dans le giron français. Mais pas de quoi envisager une réparation ou une compensation : l’aide à l’adaptation promise par les pays développés se fait sous forme de prêts à ceux qui subissent le réchauffement climatique. Autrement dit, la France, qui dit vouloir mettre à disposition des fonds pour financer la lutte contre le changement climatique, se contente de favoriser de nouveaux prêts qui, même bonifiés de façon à compter en aide au développement, resserreront davantage la corde de la dette autour du cou des premières victimes du changement climatique.

Mais la perspective climatique réjouit un certain nombre de chefs d’États qui voient là une possibilité de se réapproprier un discours et gagner, à moindre frais, une popularité internationale, notamment Emmanuel Macron.

Ali Bongo, la nouvelle star du climat ?

D’autres acteurs étaient présents, notamment l’Agence française de développement (AFD), venue parler pendant de longues minutes pour détailler son scénario « Adapt’Action » qui octroie des facilités pour des prêts en faveur de l’adaptation à hauteur de 30 millions d’euros (soit pas grand-chose au regard des besoins en financement). Quant à son plan 100 % Accord de Paris, il permet à l’AFD de financer des projets avec des pays qui font partie de l’Accord de Paris, même si ceux-ci font encore largement la part belle au pétrole ou au charbon dans leur mix énergétique. La dépendance de certains pays aux énergies fossiles comme le Niger, le Nigeria ou le Gabon n’est pas prise en compte dans les négociations pour le climat. Parmi les invités, le président como-rien Azzali Assoumani était venu renforcer ses liens avec l’Agence française de développement, et le Qatar, grand acheteur d’armes françaises, était représenté par l’intermédiaire de son vice-premier Ministre et ministre des affaires étrangères Mohammed bin Abdulrahman Al Thani.

Mais sans contestation, la star africaine de ce sommet fut Ali Bongo qui a commencé par remercier son « ami » Macron, puis a indiqué que le Gabon faisait une contribution de 500 000 dollars à l’initiative africaine pour l’adaptation au changement climatique. Le Gabon se rachète une belle crédibilité sous l’œil bienveillant de spectateurs applaudissant à la fois les dictateurs et les annonces faiblardes.

Géopolitique climatique

Les pays où la France intervient militairement étaient représentés par leur chef d’Etat : Issoufou malgré sa grave dérive autoritaire au Niger (où Macron s’est ensuite rendu à Noël pour « remonter le moral des troupes »), Ibrahim Boubacar Keita pour le Mali, l’incontournable dictateur tchadien Idriss Déby, Alassane Ouattara qui doit à l’armée française son installation au pouvoir en Côte d’Ivoire. Mais les autres dinosaures de la Françafrique ne voulaient pas rater cela, à l’instar du Congolais Denis Sassou Nguesso ou encore de Paul Biya venu représenter un Cameroun qu’il dirige à distance depuis son hôtel genêvois. Tous ces chefs d’Etat sont restés peu bavards sur leur participation à la lutte contre le changement climatique, mais se sont fait applaudir par la salle : le climat fait bon ménage avec les violations des droits humains, pourvu qu’on mette un peu de finance dedans.

Ce sont des annonces bien faibles au regard des enjeux qui ont été faites au One Planet Summit du 12 décembre. Grand exercice de communication qui permet de faire applaudir Ali Bongo et d’autres dirigeants illégitimes, les sommets sur le climat sont un espace où les chefs d’Etat peuvent venir pérorer, faire des annonces sans contrepartie et jouent de leur possibilité d’avoir bonne presse. Un inquiétant jeu d’échec pour le climat.

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