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Consignes de vote

rédigé le 5 mars 2018 (mis en ligne le 9 décembre 2019) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Le 20 février 2018, le Sénat a débattu et approuvé le projet de loi « relatif à l’organisation de la consultation sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie ». C’était a priori une simple formalité visant à transcrire en droit l’accord trouvé entre les indépendantistes, les non-indépendantistes et la France lors des négociations de novembre 2017 sur la composition du corps électoral pour le référendum d’autodétermination

Alors que l’indépendance elle-même n’était pas l’objet du débat, les sénateurs n’ont pas pu s’empêcher d’exprimer leur point de vue sur la question : un florilège de réticences sur la consultation et une ode à la Nouvelle-Calédonie française.

Jean-Louis Masson, sénateur divers droite, commence en s’élevant contre le principe d’un corps électoral spécial qui exclut certaines personnes : « Dans l’histoire de France, un Français a toujours pu voter partout où il était ». C’est oublier que la Kanaky a une histoire avant la France et que les Français n’y sont pas chez eux d’office.

Stéphane Artano, sénateur de Saint-Pierre et Miquelon, joue ensuite la carte des tensions et de la fracture que pourrait créer la consultation au sein de la population, en opposition à une « troisième voie » (autre que l’indépendance) du « mieux-vivre ensemble ». Comme si la fracture n’existait pas déjà entre Kanaks et non-Kanaks.

Pour Bruno Retailleau, des Républicains, la question la plus importante est celle de « l’association » entre la France et la Nouvelle-Calédonie, une façon de balayer d’un revers de main l’enjeu de la consultation, puisqu’il ose affirmer ensuite que le résultat sera « vraisemblablement celui de la Nouvelle-Calédonie dans la France ».

Mais la palme du double langage revient à Thani Mohamed Soilihi, sénateur de la République en Marche : « La décision appartient et appartiendra aux Calédoniens, et personne d’autre ne peut décider de l’avenir de leur territoire. » Et, un peu plus loin : « La France a cette formidable chance d’être d’ores et déjà présente dans tous les bassins océaniques, sur tous les continents, quand d’autres puissances en sont réduites à se livrer à des manœuvres pour gagner de l’influence sur ces mêmes zones. Profitons de la chance qui est la nôtre ! Je lance donc un message aux Calédoniens : restez avec nous, car c’est tous ensemble que nous pourrons continuer à défendre la cause des outre-mer dans la France ! ».

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Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 275 - mars 2018
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