Survie

Francophonie mon amour

rédigé le 20 mars 2018 (mis en ligne le 1er mars 2020) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Le 20 mars Emmanuel Macron a prononcé, à l’Institut de France, un discours fleuve sur la francophonie. Il n’y aurait aucune raison de s’attarder sur ce discours, monument de pédantisme qui ne marquera certainement pas l’histoire, s’il ne recelait quelques vilaines choses, fond et forme, qui méritent d’être signalées.

Dès le deuxième paragraphe l’orateur offense gravement la langue, qu’il prétend honorer, par un de ces barbarismes qui naissent et prospèrent dans la langue journalistique, propice à tous les relâchements. Il nous assène que « le monde bruisse de notre langue », ce qui suppose un verbe « bruisser » qui n’existe pas et qui tue le beau verbe français « bruire ». La langue est atteinte là dans sa structure même. Faudra-t-il corriger Verlaine «  Et qu’il bruit avec un murmure charmant... » ? Faudra-t-il dire : « Macron nuise à la langue française », selon la néo-morphologie en vogue à l’ENA ?

On ne s’étendra pas sur les autres défauts de langue de ce discours officiel, vocabulaire prétentieux : « séminal », «  intranquillité », fautes d’orthographe dans la transcription :« résonnances », parce qu’il faut aussi faire un sort aux assertions d’une pensée défaillante, quand elle se laisse aller aux stigmatisations d’usage : « La lecture redeviendra le cœur de l’apprentissage notamment dans les quartiers où nous l’avions laissé reculer, où la langue française elle-même s’est abîmée  ». Les linguistes savent ce que la créativité des argots populaires, jargons des métiers, patois locaux apporte à la langue et qu’elle s’appauvrit plutôt dans les discours à prétention savante qui pèchent trop souvent contre une correction élémentaire qu’ils se devraient de respecter.

Enfin ce discours n’évite pas la bourde en citant, dans une liste d’auteurs à enseigner, « même s‘ils ne sont pas Français ou d’origine (sic) »… Aimé Césaire (!!!).

La langue et la pensée vont de pair. L’une et l’autre ont des couacs singuliers chez notre président que les journalistes courtisans trouvent si « cultivé ».

O.T.

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