Survie

Notre ami Béchir

rédigé le 2 juin 2018 (mis en ligne le 18 juillet 2018) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Et si Mamadou Gassama, le Malien à qui Emmanuel Macron a promis des papiers après qu’il a sauvé un enfant, avait été soudanais ? Peut-­être aurait­-il connu les douceurs des ser­vices secrets de son pays plutôt que les ors de l’Elysée. Le New York Times (22/04) a évoqué le cas d’un dissident politique expulsé de France et torturé à son arrivée à Khartoum, qui affirme avoir reçu la visite en France d’officiers de police soudanais. Or, officiellement, la France n’entretient pas de coopération avec le Soudan, dont le chef de l’État, Omar el Bé­chir, est toujours poursuivi pour « crimes de génocide » par la Cour pénale internationale. RFI (09/05) rappelle que, selon une enquête du site Street Press (01/10/17), ce cas est loin d’être isolé. En effet, la France « collabore ac­tivement avec le régime » de Béchir depuis 2014 : « Partage des informations, accueil d’agents soudanais chargés d’identifier les réfugiés, et même utilisation de bases de don­nées de la police soudanaise par les pan­ dores français... » Les agents soudanais, qui se présentent aux demandeurs d’asile comme des membres d’ONG, en profiteraient pour repérer les opposants politiques. Interrogées par RFI, des sources élyséennes dénoncent des « fantasmes » et assurent qu’il n’existe au­cune forme « de coopération opérationnelle avec le régime soudanais sur ces questions­ là ». Pourtant en septembre dernier, le minis­tère de l’Intérieur lui­-même avait reconnu la présence en France « d’une mission d’identi­fication du Soudan »... Une affaire similaire en Belgique a fait scandale (Le Monde, 21/09/2017), provoquant des ap­pels à démission des respon­sables gouvernementaux impliqués. Mais en France...

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 278 - juin 2018
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