Survie

Macron en 3 D

rédigé le 7 septembre 2018 (mis en ligne le 26 septembre 2018) - Thomas Noirot

Sur l’international, Emmanuel Macron est tran­quille : pas de Benalla ou de Hulot pour ternir le tableau qu’il aime dresser de son action. Rendez­-vous traditionnellement dévoué à l’autosatis­fecit, le long discours présidentiel (une heure et de­ mie !) à la conférence des ambassadeurs a été fin août l’occasion de réaffirmer tout le bien qu’il pense de sa politique internationale. Sans surprise, la priorité reste la "guerre contre le terrorisme", au nom de la­ quelle « nous nous sommes dotés d’une nouvelle loi pour la France » et, « au Sahel, nous avons maintenu notre engagement militaire au travers de l’opération Barkhane ». Mais le nouveau monde prétend forcé­ment faire plus, mieux que l’ancien – et évidemment sans paternalisme ? Alors, le Jupiter de la Françafrique le rappelle : « nous avons appuyé et accéléré la créa­tion des forces conjointes du G5 Sahel », qui regroupe des militaires de Maurita­nie, du Tchad, du Niger, du Mali et du Burkina Faso. Une force africaine créée à la demande de Macron, qui assume qu’« il nous faut veiller à sa mise en œuvre ». Mais la France accompagne toute l’Afrique, c’est bien connu. Raison pour laquelle « nous avons encouragé la montée en puissance de l’Union Africaine. C’est ce que j’ai plaidé en juillet dernier au Sommet de Nouakchott devant l’Union Africaine ». C’est vrai que les chefs d’État africains de­vaient avoir besoin qu’on leur souffle l’idée. Le pré­sident en est sûr : « nous devons travailler à la création d’opérations africaines de paix crédibles ». Quelle ambition ! Affirme-t­-il aussi que « la France ap­porte tout son appui à l’ambition africaine de se do­ter d’une capacité autonome de maintien de la paix et de règlement des conflits régionaux » ? Ah non, ça c’était son lointain prédécesseur Jacques Chirac, le 3 février 2005 à Dakar.
Mais le nouveau monde fait mieux : « nous avons complété notre action militaire par le renforcement et la simplification de notre action en matière de dé­veloppement, en créant avec l’Allemagne et plusieurs autres bailleurs internationaux l’Alliance pour le Sa­hel. » Annoncée il y a un an, ce cadre de concertation vise à fédérer des financements pré­existants destinés à des projets de développement dans les pays du G5 Sahel, pour coordonner les efforts de différents bailleurs de fonds... et les articuler au passage avec les politiques sécuritaire et migratoire. Cela permet de caracoler sur la mobilisation de 7,5 milliards de dol­lars pour 500 projets à réaliser dans le Sahel, comme cela a été annoncé en fanfare en avril dernier. « L’idée n’est pas de créer une nouvelle institution, mais une initiative commune pour accélérer la mise en place des projets de développement, les rendre plus efficaces et plus concrets », expli­quait Jean­-Marc Gravellini (Paris Match, 22/02), bombardé animateur de l’Al­liance Sahel sur proposition de l’Agence Française de Développement (AFD), dont il était directeur exécutif en charge des opérations jusqu’en 2015. Il avait alors quitté l’AFD pour devenir vice­-président de la Compagnie fruitière, groupe agro­-industriel de Marseille qui ex­ploite des milliers d’hectares de bananes en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Cameroun : un expert du dé­veloppement, en somme.
Emmanuel Macron est fier de ce premier bilan : « Ce sont les complémentaires "3D" que j’évoquais l’année dernière : Diplomatie, Développement et Dé­fense. (...) Je veux ici saluer l’action et les résultats obtenus en Mauritanie, au Niger, au Tchad. » Les dictateurs mauritanien et tchadien apprécieront l’hom­mage, de même que le président Issoufou, qui fait embastiller les leaders de la société civile nigérienne pour les dissuader de manifester contre ses lois anti­ sociales. Pour la politique africaine de la France, le D du soutien aux "Démocrates" attendra encore : la quatrième dimension n’est­-elle pas celle du temps ?

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 280 - septembre 2018
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