Survie

Aveuglement volontaire (2)

rédigé le 1er août 2021 (mis en ligne le 24 décembre 2021) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Mise en examen en mai dernier pour « blanchiment de corruption et de détournement de fonds publics » dans le cadre de l’affaire dite des « biens mal acquis » au Gabon, la BNP Paribas, première banque française, a fait savoir au magistrat du pôle financier du tribunal de Paris que « l’établissement n’avait pas connaissance que la famille Bongo "tirait les ficelles" du circuit financier et ignorait que l’argent provenait de potentiels détournements de fonds publics gabonais », rapportent Le Monde avec l’AFP (01/08). « Le juge d’instruction Dominique Blanc soupçonne la banque d’avoir permis à la famille Bongo et à ses proches, via une société dénommée Atelier 74, de "convertir des fonds d’origine délictuelle dans des opérations immobilières, à hauteur d’au moins 35 millions d’euros" qui leur auraient bénéficié "directement ou via des structures" (...) entre 1996 et 2008. (…) La justice française soupçonne la société d’avoir reçu, sur ses comptes à la BNP, de l’argent en provenance de sa filiale Afrique, via un compte à la BGFI, une banque gabonaise. Ce compte recevait "des dépôts d’espèces en très grand nombre effectués par Omar Bongo et ses proches". » Selon M. Dirani, directeur juridique de la banque française « rien n’établit » que la BNP « aurait été informée durant la période (…) que la famille Bongo tirait les ficelles derrière Atelier 74 ». Il reconnaît « un fonctionnement atypique » et « certaines carences » qui « ne constitue pas pour autant des infractions pénales ». Un « fonctionnement atypique » pourtant très caractéristique des gigantesques détournements opérés par le clan Bongo grâce à divers réseaux françafricains, au regard desquels ces 35 millions d’euros ne constituent qu’une goutte d’eau dans l’océan de la corruption.

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Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 310 - septembre 2021
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