Survie

Feu d’artifice 
de macroneries

rédigé le 3 septembre 2023 (mis en ligne le 18 janvier 2024) - Raphaël Granvaud

Le discours annuel du président de la République devant la conférence annuelle des ambassadrices et des ambassadeurs, le 28 août dernier, vaut son pesant de cacahuètes. Extraits choisis.

Défendant le bilan militaire de la France au Sahel, il a accusé ceux qui parlent de « défaite » de reprendre « les arguments de l’ennemi ». Il a ensuite assuré que « si Serval puis Barkhane n’avaient pas été décidées, nous ne parlerions pas aujourd’hui ni de Mali, ni de Burkina Faso, ni de Niger ». Récusant la rhétorique des nouveaux dirigeants militaires de ces pays, il a même versé dans l’injure fort peu diplomatique. « Si on cède aux arguments inadmissibles de cette alliance baroque des prétendus panafricains avec les néo-impérialistes, on vit chez les fous », a asséné le président français. Tout en se défendant de « céder à aucune forme de paternalisme contemporain », il n’a pu s’empêcher d’expliquer aux Nigériens ce qui était bon pour eux : « Le problème des Nigériens aujourd’hui sont des putschistes qui les mettent en danger parce qu’ils abandonnent la lutte contre le terrorisme, parce qu’ils abandonnent une politique qui était bonne économiquement pour eux et qu’ils sont en train de perdre tous les financements internationaux qui étaient en train de leur permettre de sortir de la pauvreté. » Comme si « l’aide » et la soumission aux Institutions financières internationales appliquées depuis des décennies en contrepartie d’un droit de pillage avaient jamais permis à un pays de sortir de la pauvreté…

Lapsus ou aveux ?

Seul pays non africain à soutenir fermement le projet (très hypothétique) d’intervention militaire de la CEDEAO au Niger pour rétablir le président Bazoum à son poste, Macron a raillé la frilosité et le lâchage de ses alliés Européens et États-uniens : « Non, on doit être clair, cohérent. Sinon, qui nous écoutera ? Dans quelle capitale africaine on peut dire qu’on a une politique de partenariat avec un dirigeant si quand il subit cela, on ne peut pas être en soutien ? Donc, je pense que notre politique est la bonne. » La France noue donc des partenariats, non avec des pays ou des institutions en Afrique, mais avec certains « dirigeants », qu’il faut aider à conserver le pouvoir si l’on veut rester crédible auprès d’autres dirigeants africains ? Foccart, sors de ce corps ! Un peu plus loin dans le discours, confirmation d’une certaine logique : « il y a une prédation sur les ressources et matériaux rares. Il ne faut pas être naïf, les Chinois l’ont commencé avant nous [les Européens]. On les regardait jouer au Go, on se demandait quel était le jeu ; maintenant, on est en train de comprendre. Mais il y a des matériaux rares et des ressources sur lesquels nous, Français et Européens, nous devons avoir accès pour diversifier et ne pas dépendre. » C’est donc bien de prédation des ressources qu’il s’agit. Depuis le temps qu’on le dit… Selon Macron, les Chinois l’auraient commencé avant les Européens, mais il confesse que ces derniers comptent bien se rattraper. Pour la leçon d’histoire on repassera : oubliée la période coloniale ! Et néocoloniale aussi. Les accords de défense signés par la France avec ses anciennes colonies africaines en échange des indépendances contenaient explicitement « l’approvisionnement préférentiel » de l’ex-métropole en matières stratégiques, dont certains matériaux rares utiles au développement du nucléaire… Les Chinois n’ont rien inventé en la matière.

Raphaël Granvaud

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Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 330 - septembre 2023
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