Survie

Total sur la sellette

(mis en ligne le 11 janvier 2026) - Jean Boucher

De la condamnation pour « pratiques commerciales trompeuses »…

TotalEnergies peut se vanter d’être responsable d’une décision judiciaire historique : la condamnation d’un groupe pétro-gazier pour «  pratiques commerciales trompeuses ». C’était le 23 octobre devant le Tribunal judiciaire de Paris. En cause, la diffusion par la multinationale de « messages reposant sur les allégations portant sur [son] “ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050” et “d’être un acteur majeur de la transition énergétique” de nature à induire en erreur le consommateur sur la portée des engagements environnementaux du Groupe ». Cette décision fait suite à l’action initiée en 2022 par Les Amis de la Terre, Greenpeace et Notre affaire à tous (et soutenue par ClientEarth) contre la campagne lancée par Total pour verdir son image. Et cacher une réalité écocide : en 2024, les énergies fossiles représentaient près de 80 % de ses investissements et plus de 97 % de sa production énergétique globale.
Le groupe prévoit d’ailleurs d’accroître encore sa production d’hydrocarbures en Afrique, comme en atteste l’acquisition de nouveaux permis d’exploration dans plusieurs pays (Décolonisons n°352, 11/2025). Et le lendemain même de la condamnation, son PDG, Patrick Pouyanné, envoyait un courrier au président mozambicain Daniel Chapo, confirmant sa décision de relancer sur le site d’Afungi, dans la province du Cabo Delgado, son méga-projet gazier Mozambique GNL (dont il est le principal actionnaire), suspendu suite à l’attaque djihadiste d’avril 2021 (Billets d’Afrique n°339, 09/2024). Production espérée : 13,1 millions de tonnes par an de gaz naturel liquéfié. Une bombe climatique, accusent les ONG environnementales, alors que Total n’en finit pas de promouvoir le gaz naturel comme « une énergie clé pour la transition écologique »

…à l’accusation de « complicité de crimes de guerre »

Mais voilà qu’une autre accusation est à nouveau portée contre la société. L’ONG European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) l’accuse de « complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées » pour « avoir directement financé et soutenu matériellement la Joint Task Force (JTF), composée de forces armées mozambicaines [embauchées par Total pour défendre le site d’Afungi], alors que celle-ci aurait détenu, torturé et tué des dizaines de civils. » Le 17 novembre, ECCHR a déposé plainte à Paris auprès du parquet national antiterroriste, qui a aussi compétence pour les crimes et délits de guerre.
À l’appui de sa démarche, elle rappelle que le média Politico avait révélé qu’en 2021, entre 180 et 250 civils accusés de soutenir les djihadistes – qu’en fait ils fuyaient – avaient été enfermés par la JTF dans des conteneurs, battus et torturés pendant trois mois. Seuls 26 ont survécu (Billets d’Afrique n°341, 11/2024). Total a prétendu ne pas avoir connaissance de telles exactions. Une prétention balayée par une enquête conjointe du Monde et de SourceMaterial prouvant, sur la base de documents internes de la compagnie, qu’elle « savait, dès 2021, que les soldats chargés de protéger son site gazier au Mozambique étaient accusés de violenter, d’enlever et de tuer des civils  » (24/11/2024). Lesdits soldats employés par Total avaient, peu avant, à quelques kilomètres de là, laissé les djihadistes massacrer plus de mille civils. Ce qui lui avait déjà valu, en octobre 2023, une plainte, cette fois pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger.
Il y a décidément urgence à mettre fin aux méfaits du fleuron tricolore qui, avide de profits, n’hésite pas à violer les droits environnementaux et humains.

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