Survie

Le colonialisme (français) tue (encore)

(mis en ligne le 2 février 2026) - Décolonisons, le journal

Le soutien de l’État français aux extrémistes hutus lors du génocide des Tutsis au Rwanda, avant, pendant et après 1994, fut décisif. Israël, en revanche, n’a pas besoin de la France pour commettre un génocide à Gaza – génocide toujours en cours, malgré le pseudo « plan de paix » américain. Il n’empêche : par son soutien diplomatique, militaire, économique et même idéologique constant à l’État hébreu, la France se rend là complice – une fois de plus – de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de crime de génocide. Un constat dramatique que Survie a tenu à rappeler dans un texte de positionnement rendu public en ce début d’année (et disponible sur notre site internet).

L’affirmer ne signifie pas que la France aurait elle-même une intention génocidaire vis-à-vis des Palestinien⋅ne⋅s. En droit pénal, la complicité d’un crime ne présuppose pas son intention : elle signifie une aide active, en connaissance de cause et avec des effets sur sa commission. Or, comment penser que les représentants de l’État français n’avaient pas connaissance des exactions israéliennes, relayées quasi en direct et au quotidien sur les écrans du monde entier ? Leur caractère génocidaire, lui, a été mainte fois mis en lumière, jusqu’en septembre dernier par la commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Quant à l’aide active de la France, elle est indiscutable : refus de quelconques sanctions contre Israël, refus d’appliquer le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale contre le criminel Netanyahou alors que celui-ci a survolé au moins deux fois l’espace aérien français, continuation de la coopération sécuritaire et policière entre les deux États… Mais aussi la vente d’armes tricolores – un « flux ininterrompu » depuis le début du génocide, dixit une coalition d’organisations dans un rapport publié le 10 juin 2025. Sans oublier la criminalisation incessante du soutien au peuple palestinien en France, incarnée notamment par la dissolution du collectif Palestine vaincra en février 2025 ou celle toujours en cours d’Urgence Palestine.

Trente-deux ans après le génocide des Tutsis, ce nouveau soutien tricolore à un régime génocidaire n’a rien d’un accident. Il nous rappelle que la France est elle aussi une puissance coloniale, dont l’empire passé s’est construit sur la conviction de la supériorité occidentale sur le reste du monde et la négation de la dignité et des droits des colonisé·e·s, y compris du droit de vivre. Une histoire sanglante encore largement occultée aujourd’hui, comme nous le rappelle un ancien premier ministre et candidat à la présidence de la République, Édouard Philippe, qui refuse de qualifier la colonisation de « crime » (LCI, 8/12).

Une histoire coloniale surtout qui perdure, que ce soit indirectement – cette Françafrique qui se réinvente sans cesse – ou très directement dans les colonies d’Outre-mer – dont deux d’entre elles, la Kanaky-Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, sont même inscrites sur la liste des Nations unies des territoires à décoloniser.

Cet impérialisme bien vivant continue ainsi de motiver l’action politique de nombre de nos dirigeants, Emmanuel Macron en tête. Il nourrit également un racisme structurel persistant, qui amène une grande partie de nos compatriotes à accepter par exemple que les personnes racisées soient la cible privilégiée de « forces de l’ordre » (comme El Hacen Diarra, mort dans la nuit du 14 au 15 janvier dans le commissariat du 20e arrondissement de Paris). Ou encore que des peuples racisés entiers soient dépossédés de leurs terres et massacrés.

La rédaction

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