
Suite à une plainte d’Orano (ex-Areva), une enquête pour vol en bande organisée a été ouverte à Paris fin 2025. La « bande organisée » désigne les militaires qui ont pris le pouvoir au Niger à l’été 2023 et le « vol » la réquisition d’une tonne d’uranium extraite sur le site d’Arlit, soit quelques mois de production. En effet, après avoir pris le contrôle opérationnel de la Somaïr, la filiale d’Orano dans le pays, puis avoir annoncé sa nationalisation, le gouvernement nigérien tente désormais de vendre un stock d’uranium estimé à 200 millions d’euros. Orano, qui conteste ces mesures, a déjà entamé plusieurs procédures devant le Cirdi, tribunal d’arbitrage privé dépendant de la Banque mondiale, systématiquement favorable aux entreprises contre les États. En septembre, celui-ci a déjà rendu un premier arrêt enjoignant « à l’État du Niger de ne pas vendre, ni céder, ni même faciliter le transfert à des tiers de l’uranium produit par la Somaïr retenu en violation des droits d’Orano » ; tandis que le chef de la junte militaire, le général Tiani, revendique « le droit légitime du Niger de disposer de ses richesses naturelles, de les vendre à qui souhaite les acheter, dans les règles du marché, en toute indépendance ». Au plan juridique, Orano aura certainement gain de cause. Mais on s’étouffe lorsque l’entreprise française à capitaux publics s’estime volée, alors que c’est par des ingérences politique et militaire ininterrompues que la France a conservé un monopole sur l’uranium du Niger pendant des décennies.