
Le 10 février, les élus de droite et d’extrême droite du Parlement européen ont uni leurs voix pour adopter une liste de « pays tiers sûrs ». Cette mesure vise officiellement à traiter – en réalité à rejeter – plus rapidement les demandes d’asile des ressortissant·e·s des pays figurant sur la liste. Bien sûr, ces dernier·e·s resteront théoriquement libres de prouver, à l’occasion de ces procédures accélérées, que cette sûreté présumée ne s’applique pas à leur situation. Mais en cas d’échec, les appels ne seront plus suspensifs : ils et elles pourront donc être expulsé·e·s alors que l’examen de leur demande n’est pas terminé.
La liste des pays sûrs comprend notamment le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, et les pays frontaliers de l’Europe qui demandent à adhérer à l’UE. « Le Maroc et la Tunisie, les gens y vont en vacances… En quoi ces pays seraient non-sûrs ? », a justifié Christophe Gomart, membre du Parti populaire européen (PPE) et accessoirement ancien responsable militaire français (RFI, 12/02/2026).
Les députés Renaissance ont validé le principe « intéressant » de « pays sûr », mais se sont abstenus sur le contenu de la liste. Les ONG et les forces progressistes ont contesté à la fois le principe, qui vise à faire disparaître l’examen approfondi des situations individuelles, et le choix des pays. L’accent a été particulièrement mis sur le cas de la Tunisie, en raison de la dérive dictatoriale et paranoïaque du président Kaïs Saïed depuis 2021. Mais la brutalité du régime militaire du maréchal Al-Sissi, avec son nombre record de prisonnier·e·s politiques, ne vaut évidemment pas mieux. Quant à la monarchie marocaine, les familles des manifestant·e·s blessé·e·s ou tué·e·s par balles lors des mobilisations de la Gen Z il y a quelques mois apprécieront.
Les nouveaux principes régissant le droit d’asile ne visent pas à refouler uniquement les personnes originaires de ces pays. Toutes les personnes menacées sont concernées si elles y ont transité sans y demander l’asile et s’il existe un accord national ou européen « d’admission » avec l’un de ces pays. En clair, il s’agit, sur le modèle déjà expérimenté par l’Italie, de pouvoir externaliser aux frontières de l’Europe les demandes d’asile, mais aussi de renvoyer dans n’importe quel pays « sûr » ceux et celles qui seront refoulé·e·s depuis l’Europe. Les exilé·e·s seront bien sûr accueilli·e·s avec davantage encore d’« humanité », dans des centres spécialement conçus à cet effet, dans des pays qu’ils ne connaissent pas, sans liens ni protection.
« Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. » Déjà mal en point, l’article 14 de la Déclaration universelle des droits humains est en train d’être achevé sur l’autel électoral des fantasmes migratoires et des obsessions racistes d’une classe politique de plus en plus satellisée par les fascistes. À moins d’un sursaut urgent. Il n’en va pas que de la nécessaire solidarité avec les exilé·e·s. On le sait, le sacrifice des droits des étranger·e·s prélude au reniement des droits de tous et toutes.