
Après s’être compromise avec l’ancien pouvoir, chassé par la rue en octobre 2025, la France cherche désormais à rester en grâce et à conserver sa position historique dans la Grande Île.
En exfiltrant, le 12 octobre 2025, l’ex-président de Madagascar chassé par des semaines de mobilisation populaire, Emmanuel Macron prenait un gros risque : celui d’être définitivement perçu comme ennemi de la jeunesse du pays, mais aussi du nouveau pouvoir malgache. Or, pour la France, la Grande Île est un partenaire à la fois historique et incontournable dans une zone géographique sensible, proche des îles de La Réunion et de Mayotte et du très stratégique canal du Mozambique.
En face, le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la république de Madagascar, et les nouvelles institutions qu’il dirige doivent se démarquer du gouvernement précédent pour répondre au désir de changement qui les a menés au pouvoir. Mais ils souhaitent aussi gagner une crédibilité internationale et éviter d’être considérés comme issus d’un coup d’État. Randrianirina cherche donc à diversifier ses partenariats… tout en affirmant sa fidélité à la France (qui reste aussi, ne l’oublions pas, l’un des principaux bailleurs du pays). Jouer le chaud et le froid
En accordant une interview à la chaîne Russia Today le 26 novembre 2025, Randrianirina semble d’abord indiquer une volonté de privilégier la Russie comme partenaire international. Mais trois jours plus tard, le colonel-président s’entretient par téléphone avec le président Macron, et le 5 décembre, accorde une interview à France 24. Le message est clair : si la France souhaite conserver sa position, ce ne sera pas gagné d’avance. Elle devra désormais jouer avec subtilité.
Le 24 février, le président malgache est ainsi accueilli à l’Élysée quelques jours seulement après avoir été reçu avec faste au Kremlin. Un simple déjeuner de travail avec Emmanuel Macron, à l’issue duquel sort un communiqué de presse diplomatiquement lisse où « les deux Présidents réaffirment leur engagement pour un partenariat renouvelé, équilibré et résolument tourné vers l’avenir, fondé sur le respect mutuel et orienté vers des résultats concrets au bénéfice de leurs populations respectives ».
Cependant, au moins deux dossiers importants pour les intérêts économiques français sont actuellement dans l’impasse : le téléphérique d’Antananarivo (dont le chantier est assuré notamment par Colas et Poma) est bloqué et le barrage de Volobe (EDF), dont le contrat a été conclu en avril 2025, est retardé, voire remis en cause.
La Russie place ses pions à Madagascar, particulièrement dans le domaine de la sécurité, mais elle n’est pas la seule. Les États-Unis, déjà très influents dans le pays, ont d’importants projets miniers à Ampasindava et Base Toliara. Et la Chine projette la construction d’un complexe industriel qui représenterait plus de 10 milliards de dollars d’investissements et jusqu’à cent mille emplois. Le protocole d’accord a été signé le 6 février.
Le prochain sommet « Africa Forward », co-organisé par la France et le Kenya à Nairobi les 11 et 12 mai, pourrait offrir une occasion pour Paris de se repositionner. L’invitation de Randrianirina à ce rendez-vous, conçu pour favoriser les « partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance », avait été un temps suspendue, mais le président malgache l’a finalement reçue à l’occasion de son passage à l’Élysée. Le jeu stratégique entre Paris et Antananarivo se poursuit.