
On ne s’attendait à rien, on est quand même déçu : le 10 avril, Ismaïl Omar Guelleh (IOG) a été élu pour la sixième fois président de la République de Djibouti, avec un score tout françafricain : 97,81 % des voix, mieux que le congolais Denis Sassou-Nguesso avec ses seulement 95 % obtenus en mars. L’opposition comptabilise cependant 80 % d’abstention. Au pouvoir depuis 1999, IOG devait pourtant passer la main, la constitution interdisant les candidat·e·s de plus de 75 ans. Mais une révision constitutionnelle adoptée en novembre dernier lui a permis de se représenter malgré ses 78 printemps, face à un candidat fantoche et une opposition divisée, une partie ayant appelé au boycott du scrutin.
La raison de cette nouvelle candidature, martelée lors de la campagne : la « stabilité » qu’incarnerait IOG pour une population djiboutienne qui doit être « protégée et rassurée » face à l’instabilité régionale (Mediapart, 9/04). Quelle abnégation… pour un peuple dont plus de 70 % des jeunes sont au chômage et dont l’opposition est systématiquement muselée. Sans compter les soupçons de crimes de guerre contre les populations Afar (Billets d’Afrique, 03/2025). Mais s’il y en a qui sont vraiment rassurés, ce sont les partenaires de Djibouti, la France en tête. Alors que celle-ci a perdu la plupart de ses bases militaires en Afrique, qu’il lui est bon de pouvoir compter sur un IOG « intouchable » (dixit une source diplomatique française) pour garder sur le continent une assise solide et quelque 1500 soldats en permanence ! Et tant pis pour l’ingérence, l’autoritarisme et l’asphyxie des peuples.